25 janvier 2010
Entre devoir humanitaire & naïveté
Le 23 janvier 2010, des clandestins se disant Kurdes ont débarqué en Corse. Sans papiers, victimes de passeurs sans scrupules toujours selon leurs dires, ils ont demandé l'asile politique en France. Ils ont été dans un premier temps dirigés vers des centres de rétention.
Les juges viennent de casser cette décision sans fondement légal.
L'opinion peut être partagée entre le devoir humanitaire pour ces Kurdes persécutés en Turquie où on les accuse de terrorisme, en Iran ou en Syrie, et le doute.
Il est indéniablement facile de passer de la Turquie vers l'Europe, la Turquie étant une plaque tournante du trafic.
Selon les statistiques de la direction de la Police Nationale turque, entre 1999 à 2004, l’immigration clandestine aurait constitué un flux de 728 000 personnes, représentant de 162 nationalités différentes, qui auraient transitées par la Turquie vers l’Union européenne. Les pays de l’Union ne vont-ils pas devoir affronter un fléau, dont l’issue sera incertaine. Car parmi ces clandestins, qui fuient les dictatures, les discriminations ou la misère ne risque-t-on pas de voir s’infiltrer des trafiquants de drogue, d’armes ou simplement des terroristes ?
On peut donc rester circonspect, sans pour autant douter de la sincérité des candidats à l'exil.
Il ne faudrait toutefois pas céder à la naïveté.
Un trop grand excès de confiance est suicidaire dans un monde beaucoup plus pervers qu'il ne paraît.
Paris, le 25/01/2010
19 janvier 2010
Hrant Dink... 3ans déjà
Istanbul (Turquie)
Le 19 janvier 2007...
Hrant Dink, journaliste turc d'origine arménienne était assassiné de
trois balles dans la tête devant les locaux de son journal Agos.
Son meurtrier n'a que 17 ans. Il n'est toujours pas considéré par une partie de la population turque comme un meurtrier, mais un héros.
Cloué au pilori par la presse nationaliste appelant
à son exécution, soumis aux pressions comme aux menaces, Hrant Dink avait
été inculpé par la justice de son pays pour "insulte à l'identité
turque". Il ne bénéficiait d'aucune protection policière.
Défenseur
des Droits de l'Homme, partisan du dialogue et du rapprochement entre
les Arméniens et les Turcs, il mourrait à 52 ans. Si la justice l'a
blanchi après sa mort. Elle n'aura pas fait toute la lumière sur son
assassinat et ses implications. Son fils Arat sera poursuivi à son tour
pour avoir publié les articles de son père. Hrant Dink figurait sur une liste noire, celle d'Ergenegon, une organisation nationaliste et terroriste plongeant ses racines jusque dans le cœur du pouvoir. Cette mouvance n'est qu'une des facettes d'un État en crise, qui renonce encore à faire face à son passé. Tant que la bête immonde ne sera pas extirpée des entrailles de l'histoire, d'autres Dink, défenseurs de la liberté et de la démocratie ou des Droits de l'Homme
tomberont.
"Nous sommes tous des Hrant Dink ! Nous sommes tous
des Arméniens !" clameront les dizaines de milliers de manifestants le
lendemain de sa mort et le jour de ses funérailles.
Le mot "Arménien" est encore malheureusement considéré comme une insulte en Turquie.
L'Arménie et la Turquie ont opéré un timide rapprochement historique dont les retombées se font attendre.
Nous attendons toujours un Willy Brandt turc à Dzidzernakapert, le mausolée du Génocide de 1915.
Carl E. Arkantz
09 décembre 2009
Contaminations...
Halte à la contamination des esprits !
N'oublions pas que cette PEUR de la grippe A H1N1 est l'arbre qui cache la forêt.
Car :
- La grippe saisonnière tue 25 000 personnes par an en France et de 250 à 500 000 personnes dans le monde.
- La faim tue 1 enfant dans le monde toutes les 6 secondes.
- Le paludisme tue plus d'1 million de personnes par an (247 millions de cas en 2006) ou 1 enfant toutes les 3 secondes.
La meilleure des protections contre cette maladie reste une bonne hygiène de vie. Entretenir la peur est un fléau. Matraquer les esprits ne doit pas nous faire perdre de vue qu'il existe d'autres misères ailleurs, et des douleurs plus atroces que celles dont on nous agite l'épouvantail.
La Terre est notre maison commune et nous devons prendre conscience de notre chance de pouvoir y vivre. Que la préserver c'est l'aimer. Et aussi aimer les autres.
Et n'oublions que l'éternité est une vue de l'esprit car naître c'est apprendre à mourir, en vivant pleinement cette vie qui est une goutte d'eau dans l'histoire de l'Humanité.
Bien à vous.
13 septembre 2009
Que se passe-t-il à France Telecom ?
Pas une semaine sans un nouveau suicide chez l'opérateur historique.
Que se passe-t-il chez France Telecom ?
La pression du management est-elle la seule et unique réponse ?
Une
vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie
André Malraux, Les
conquérants.
Ridicule !
Obama caricaturé par des imbéciles sectaires... Ridicule !
Une classe politique française (de gauche) sans idées... qui s'acharne comme sur un os pour des propos d'un ministre... Ridicule !
Un ministre invité de l'Humanité à la fête éponyme empêché de parler par des imbéciles... Ridicule !
Et on se dit en démocratie !
Si la démocratie, c'est d'aboyer... Alors continuez... Vous en sortirez grandis !
Pendant ce temps-là les dictatures tuent, violent et emprisonnent... Où êtes-vous donc ?
24 juin 2009
Les chats de Téhéran
La nuit sur les toits de Téhéran, les chats hurlent à la lune. Ils crient leur douleur. Mais personne ne les entend sauf les écorcheurs qui en veulent à leur peau.
17 juin 2009
Les manipulateurs de l’Islam…
L’Islam politique a dévoyé l’Islam religieux. Avec d’un côté des régimes corrompus inféodés à des intérêts supranationaux, et d’un autre côté des prêcheurs de la haine qui manipulent des concepts comme des bombes, le véritable Islam est malheureusement étouffé.
Le Catholicisme a connu en son temps une dérive sectaire due à son implication dans le politique, la religion devenant l’instrument du pouvoir, et le pouvoir le protecteur de la religion. De cet épisode sanguinaire de nombreux pays européens ont conservé les cicatrices ; et parmi ces pays, ceux qui ont conduit des expéditions par delà les mers ont exporté les semences de cette politique.
Le Catholicisme n’a plus la même aura dont il bénéficiait par le passé. Le revendicatif a pris le pas sur le spirituel, et le déséquilibre entre les pays pauvres et les pays riches a accru le fossé d’incompréhension entre le Nord et et le Sud. C’est sur ce terreau fertile que, dans un premier temps, ont germé les graines révolutionnaires irriguées par l’Union soviétique avec l’aide de Cuba.
C’est encore sur ce même terreau que la Chine a posé ses jalons, et que les mouvances islamistes viennent implanter leur réseaux.
Il est facile d’endoctriner la misère en promettant le paradis à des populations qui n’ont plus rien, ni même l’espoir à offrir à leurs enfants. C’est ainsi que les promesses comme les paroles d’Evangiles suscitent en certains une nouvelle espérance dont le prix fut-il celui de leur propre vie ne leur paraît pas très cher.
La mort serait une grâce, et la clé du Paradis qui est offerte aux candidats pour le sacrifice suprême vaudrait tous les trésors de la terre. C’est sur de tels mensonges que les vaticinateurs de l’Orient s’emparent du message du Prophète en vomissant leur haine de l’autre, en manipulant le Message, et en appelant à la Guerre Sainte comme ils disent, alors qu’ils ont depuis longtemps renoncé au Grand Effort que leur commande leur Foi.
Que ces habiles prêcheurs reprennent leur lecture, et qu’ils se plongent dans la méditation du texte plutôt que dans la répétition servile et mécanique des mots dans leur sens primaire.
Et qu’ils relisent les grands auteurs du passé. Rappelons ce qu’écrivait l’un d’entre eux au 11ème siècle :
Pauvre homme, tu ne sauras jamais rien. Tu n'élucideras jamais un seul des mystères qui nous entourent. Puisque les religions te promettent le Paradis, aie soin de t'en créer un sur cette terre, car l'autre n'existe peut-être pas.(1)
Il s’appelait Omar
Kayyâm, poète et astrologue persan.
Carl E. ARKANTZ
(1) Robayat CLXIV traduction de Franz Toussaint
21 mai 2009
Château des Milandes...
Château des Milandes
© Sedecs/Terroirs-of-France/M. Durman
...on the banks of the Dordogne river
In this region of 1001 châteaux, on the banks of the Dordogne river, François de Caumont, Lord of the château de Castelnaud built a château in 1489, for his wife Claude de Cardaillac who wished a "house" that would be less austere than the feudal Castelnaud.
The Caumont family used the Milandes as their principal residence from where they administered the whole of their estate until 1535. After the death of their last descendant, the castle was more or less abandoned until the 1900s, when a rich industrial, Mr. CLAVERIE became the owner and made some improvements. Later, his widow yielded the Milandes to a doctor.
With its wonderful panorama onto the Dordogne valley, its sloping roofs covered in lauzes(flat stones/schists), this Renaissance château has preserved both its architectural charm and a certain soul of its past. And this is probably why Josephine Baker fell in love with the Milandes when she discovered it while visiting a friend in the Dordogne. She bought it before the war, restored it during the years following the war and lived in it until 1968.
Today, while visiting the Château, it is a bit of her that we visit. Her presence is felt throughout the visit. The Henry de Labarre family, owners of the Château de Milandes since 2001, have presented the fabulous story of this great dame of the Music Hall in a permanent exhibition.
The visitors are received in the entry hall with an audio commentary on the history of the Château. During the days of Josephine Baker, this was the billiard room where the mosaic floor ordered by her represents the coat of arms of the Caumont family.
In the next hall it is her singing voice that echoes through the walls on which hang a collection of black and white photographs of her. Born in St Louis, Missouri in 1906, after a difficult childhood and a debut on Broadway, she landed in Paris in 1925 and became famous for her performance in the Revue Negre. She later performed in the Folies Bergères finding more acceptance as a ‘coloured’ performer in France then in the US. She soon became one of the world's most versatile entertainers, performing on stage and screen, singing and recording.
Through the stairs, the corridors and upstairs a countless number of her personal memorabilia and artifacts are displayed. The fabulous Art-Déco bathrooms in each bedroom is sheer luxury, and in the children’s bedrooms the audio commentaries have baby voices in the background, livening up these rooms. Children, there were many in this house, all 12 of them by 1962. All adopted, they formed a group of ethnically mixed children she called her “Rainbow Tribe”. Josephine wanted to prove that "children of different ethnicities and religions could be brothers". She was also a civil rights activist and always refused to perform for segregated audiences.
The visit continues through another hall where many of her show costumes and accessories are displayed including the famous banana belt. In yet another hall, her glamorous gowns are exhibited.
Her story would not be complete without the mention of her contribution during the war. She served with the French Red Cross during WWII. With the fall of France in 1940 she became active in the resistance movement. Using her career as a cover she became an intelligence agent. She was awarded the Croix de Guerre, and received a Medal of the Resistance in 1946. In 1961 she received the Legion d'Honneur for her efforts from Charles de Gaulle. There’s a hall dedicated to this period of her life, where the original letter from General de Gaulle is also displayed as well as many documents, press clippings, photographs and posters.
Going back downstairs, a Josephine Baker in wax from the Grévin museum receives the visitors in what was once her dining room. The table is set, the champagne is in the bucket and the huge Renaissance fireplace just waiting to be lit.
The last hall to be visited is the kitchen, almost unchanged since the days where the family used to have their meals. The audio commentaries speak of the last few years of Josephine Baker. By 1964, Les Milandes was in serious financial difficulties and in 1968 she was evicted from her château which was then auctioned off to pay her debts.
Back to the outdoors, visitors can end their visit by the gardens and the gargoyles, or watch a display of the art of falconry.
08 avril 2009
Le Diable de Çildir - Chapitre III - Pages 42 - 45
Exaspéré tant par son flegme que par ses périphrases
alors qu’elle avait besoin de certitudes, Alexia étouffa sa colère. Le prince
la regardait, imperturbable, comme s’il se délectait de sa détresse. Pourquoi
pensait-elle qu’il pouvait éprouver un tel plaisir ? Elle eut envie de
hurler, de crier, de le gifler et, dans le même temps, elle se sentait
étrangement attirée par lui. C’était une attirance ambiguë pour ne pas dire
dérangeante. N’avait-elle pas été promise à un autre ? Il ne fallait pas
qu’elle cède au charme de cet inconnu, fut-il lui aussi un prince. Un
prince ! Quelle preuve en avait-elle ? Il aurait très bien pu user de
ce subterfuge pour mieux la circonvenir. Que lui arrivait-il ? N’était-ce
pas son imagination qui l’égarait ? Et si tout cela n’était qu’un jeu,
qu’un simple jeu, une mise à l’épreuve voulue par son futur époux, Abdul Majid
pour sonder ses sentiments. Dans ce cas, ne devrait-elle pas se montrer plus
circonspecte ? Elle hésita encore, ne sachant quelle posture adopter.
- Vous l’avez, mais ça ne vous servira pas à grand
chose. Pour votre gouverne, nous sommes dans une forteresse sur les hauteurs de
Meghri, près de la frontière iranienne. Certains surnomment cet endroit le
repaire du Diable… »
Ainsi, elle ne se trouvait pas là où elle croyait être,
dans le palais d’Abdul Majid à Tabriz, comme elle l’avait secrètement espéré.
Et, si cet homme ne lui avait pas été envoyé pour l’éprouver, que voulait-il
obtenir d’elle ? Elle prit volontairement un ton plus vindicatif.
« Sans vouloir vous vexer, je m’en moque. Je veux
qu’on me rende mon escorte.
- Je ne sais pas ce qu’est devenue votre escorte. De
toute manière, vous n’en aurez plus besoin, Alexia.
- Mais… »
Réprimant difficilement sa surprise, si ce n’est son
désarroi, la jeune femme se trouva désespérément à court d’argument. Une
évidence en chassait une autre. Tout en voulant lui faire admettre qu’elle
devrait renoncer à son projet matrimonial, ce qui en soi était assez pénible,
le prince ne venait-il pas de lui confirmer qu’il connaissait non seulement son
identité, mais peut-être plus encore. Il lui avait suffi de prononcer son
prénom pour la désarmer. Tout aussi séduisant qu’habile, il ne faisait aucun
doute qu’il avait agi à dessein. Car, tout en éludant la question initiale de
son interlocutrice, il avait suscité en elle de nouvelles interrogations
qu’elle essayait vainement de formuler dans sa tête. Ne pouvant articuler le
moindre mot, Alexia essayait de rassembler ses esprits.
« Vous n’avez rien à redouter de moi. Je vous répète
que vous êtes ici chez vous, redit le prince comme s’il voulait lui tendre la
main.
- Je vous remercie de votre hospitalité, rétorqua-t-elle,
calmement. Mais, je suis attendue ailleurs !
- J’en doute.
- Qui vous permet !
- D’être aussi affirmatif ? Certains faits,
Alexia. Certains faits ! »
Il l’avait de nouveau appelé par son prénom. Était-ce pour mieux faire passer sa phrase quelque peu sibylline. De quels faits voulait-il parler ?
« Cela vous autorise-t-il à vous mêler de ma vie ! »
Intentionnellement, Alexia avait fait monter la tension d’un cran pour tenter de pousser le prince dans ses retranchements. Alors qu’elle s’attendait à une réaction cinglante comme un propos incisif, il plongea son regard dans le sien ; un regard intense et profond.
« Votre vie ! Parlons-en de votre vie, Alexia… Qu’alliez-vous en faire de votre vie ?
- Ça ne vous concerne pas !
- Plus que vous ne croyez…
- Laissez-moi partir.
- Personne ne vous en empêche. Vous êtes libre de vous en aller, si tel est votre désir. Mais…»
Ce « mais » ne présageait rien de bon. Elle en eut l’intuition.
« Je vous demande d’abord de m’écouter…
- Pourquoi le devrais-je ?<
- En mémoire de Safia…
- Safia ? Vous connaissez Safia ? »
Sa voix avait tremblé.
« Je l’ai connue… à Kars, il y deux ans, confia-t-il. C’est par elle que j’ai entendu parler de vous. Elle voulait absolument me confier son secret avant de mourir. »
Visiblement bouleversée, Alexia ne put retenir son chagrin. Les mots s’étranglèrent dans sa gorge. Elle avait aimé Safia comme une mère, même s’il lui était arrivé de douter quelle le fut. Notamment quand elle fut obligée de la vendre à Emin Bey pour avoir de quoi subsister. Elle avait pourtant agi comme l’aurait fait une mère, qui ne pouvant plus subvenir aux besoins de son enfant aurait été amenée à s’en séparer afin de lui donner une autre chance. Et ç’aurait été oublier les nuits passées près de son lit lorsqu’elle était malade ou quand un cauchemar l’avait arrachée à son sommeil. Ç’aurait été oublier ce premier regard posé sur son berceau, cette voix caressante qui chantait des chansons douces pour l’aider à s’endormir, et ce sourire encourageant à chacun de ses progrès ou de ses bons mots.
Alexia sécha ses larmes. L’évocation de sa « mère » puis de son décès l’avait ébranlée plus que la révélation d’un secret qu’elle aurait faite au prince.
« Ça va ? » s’enquit-il.
Puis s’approchant d’elle, afin de rompre la distance qui les séparait, il la prit par les épaules. Alexia eut tout d’abord un mouvement de recul, sa jambe gauche heurta le montant du lit.
Tout naturellement, elle s’agrippa à lui pour ne pas tomber à la renverse, mais ce fut plus par nécessité que par envie. Elle le regretta aussitôt en réalisant qu’elle pouvait ainsi tout aussi bien l’entraîner dans sa chute, si toutefois il perdait son équilibre. Un geste en appelant un autre, Alexia connaissait trop bien sa nature pour se méfier de ses propres réactions. D’autant que l’odeur de cet homme comme la pression de ses mains sur ses épaules la mettaient mal à l’aise. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine ; ses muscles jusqu’alors raidis semblaient se détendre ; un voile passa devant ses yeux. Elle sentit tout son corps basculer dans le vide. Sans relâcher son étreinte, le prince fit pivoter la jeune femme sur son pied droit ; puis, sans la brusquer, il l’attira contre lui. Elle n’opposa aucune résistance.
« Désolé, fit-il. Je n’aurai pas dû…
- Merci…
- Vous n’avez pas à me remercier. »
Elle leva les yeux sur lui. Son regard croisa le sien pendant une seconde qui sembla une éternité. Il est parfois inutile de se parler pour se comprendre, un seul regard suffit. Et celui d’Alexia devait particulièrement expressif pour que le prince se sente soudain embarrassé.
« Je ne veux pas que vous vous mépreniez sur moi.
- De quoi parlez-vous ? Je ne comprends pas...
- Je suis votre frère. »
Alexia eut l’impression que la tête lui tournait. Tout chavira autour d’elle. Le prince eut juste le temps de la retenir.
05 avril 2009
Le Diable de Çildir - Chapitre III - Pages 40- 42
Lorsque l’officier était
entré dans la chambre, Alexia avait ressenti comme un vertige. C’était une
sensation curieuse dont elle ne pouvait expliquer la raison, mais qu’elle tenta
de dissimuler du mieux qu’elle put. Sur le moment, elle incrimina la fatigue ou
la faim. À moins que ce ne fut un mélange d’angoisse et d’excitation. Mais cela
n’expliquait pas tout.
N’ayant aucune notion du
temps, elle avait essayé de tromper son attente en épiant les bruits du dehors,
puisqu’il lui était impossible de voir quoi que ce soit par l’étroite fenêtre,
si ce n’est la ronde des sentinelles, un bout de ciel et la ligne d’horizon. À
l’infirmière qui était revenue s’assurer de son état, elle répéta qu’elle
n’avait besoin de rien, du moins rien qu’elle ne puisse lui offrir. Elle ne
l’exprima pas de la sorte, mais à sa façon de le dire l’autre dut la saisir à
demi-mot. Alors que le jour commençait à décliner, l’infirmière réapparut avec
un plateau sur lequel étaient disposés une carafe d’eau, un verre et une
assiette contenant quelques biscuits. Elle posa le tout sur le lit.
« Merci », fit
Alexia, visiblement touchée.
L’auxiliaire médicale se
contenta d’un simple sourire. Elle allait se retirer, quand on frappa. Alexia
prit l’initiative de l’invite, l’infirmière étant restée opportunément muette.
La porte s’ouvrit sur cet officier. Alexia déduisit qu’il l’était à cause de
son uniforme. Les seuls uniformes qu’elle avait vus jusque là étaient ceux des
gendarmes de son village, encore qu’elle n’y avait pas porté une attention
particulière, ce qui ne lui permettait pas d’affirmer que son visiteur fut
gendarme ou non. À première vue, il n’en avait pas l’allure. Au demeurant, elle
ne connaissait de gendarmes que ceux de Kharpout. De Kharpout ou d’ailleurs,
les gendarmes devaient se ressembler, enfin dans son esprit. Et malgré leurs
uniformes, parfois défraîchis, ils étaient loin d’avoir la distinction de cet
officier-là.
« Peux-tu
nous laisser seuls, Lydia », dit l’officier.
Alexia frémit à l’avance
à l’idée de se retrouver seule à seul avec cet inconnu. Il lui semblait en
effet inconvenant de l’imaginer. Surtout dans cette chambre. En toute autre
circonstance, elle se serait posée moins de questions. Mais sur l’heure, ses
pensées s’embrouillaient. Qui était donc cet homme ? Pourquoi
congédiait-il l’infirmière ? Quelles étaient ses intentions à son
égard ? Pourquoi ne pouvait-elle pas détacher son regard du sien tout
en ayant l’impression d’être coupable ?
Encore troublée, elle s’efforça de se raisonner. Cela exigeait de sa part beaucoup trop d’efforts pour y parvenir, elle n’avait jamais été raisonnable. Désemparée mais refusant de laisser paraître quoique ce soit, elle eut envie de rappeler l’infirmière ou de prier qu’elle reste à ses côtés. Elle hésita. Pourquoi avait-elle hésité ? Ce n’était pas dans sa nature. Serrant le poing, elle regarda l’infirmière partir à regret. Sa seule consolation, si cela pouvait en être une, était d’avoir appris qu’elle se prénommait Lydia. « Lydia ! » Ça ne sonnait pas très turc ; Alexia non plus du reste. Alexia s’était toujours demandé pourquoi on l’avait appelée ainsi, alors que tous ceux qu’elle avait fréquentés jusqu’alors répondaient à des prénoms beaucoup plus exotiques à son oreille. À moins que ce ne soit son prénom qui fut exotique aux oreilles des autres. Elle en parlerait un jour avec Lydia, si tant est que celle-ci fut dans le même cas. Alexia en oublia provisoirement ce tutoiement qu’avait employé l’officier en s’adressant à elle. Dans l’immédiat, ces considérations étaient moins préoccupantes que la perspective de ce tête à tête imprévu.
« Permettez-moi
de me présenter, mademoiselle, je suis le Prince-Général de Lambron »,
entama tout naturellement l’officier.
En
proie à une légitime perplexité, Alexia se garda de réagir trop impulsivement.
Dans sa situation, il ne pouvait en être autrement. À tort ou à raison, elle
était persuadée qu’en affichant ouvertement son titre et son grade cet homme
avait sciemment voulu l’impressionner. Dans le même temps, irrésistiblement
séduite par ses manières polies et son langage raffiné auxquels elle n’avait
été guère habituée, elle fut envahie par une chaleur intense tout autant
agréable qu’embarrassante. Partagée entre ces émotions contradictoires, elle
essaya de se donner une contenance, tout en cherchant ses mots. Elle aurait
très bien pu répliquer par un « ravie ! » ou un « enchantée ! »,
cela aurait été mentir. Elle ne serait ravie ou enchantée que dans la mesure où
elle obtiendrait les réponses précises à ses interrogations. D’emblée, une
question lui brûlait les lèvres. Pourtant, elle ne la posa pas. Du moins, elle
utilisa une manière détournée :
« Je
souhaiterai voir Jâssim…
- Jâssim ?
- Jâssim !
insista-t-elle. Je veux parler à Jâssim. »
Le
prince marqua un silence embarrassé.
« Pouvez-vous
me dire où je suis ? »
De
guerre lasse, Alexia avait arrêté de finasser. La réponse fut directe. Ce
n’était pas celle qu’elle escomptait.
« Si
cela peut vous rassurer, considérez que vous êtes ici chez vous.
- Vous ne m’avez pas répondu…
- Est-ce
si important ? »



