Arkantz

Romancier et éditorialiste, Carl Eric Arkantz collabore régulièrement à la rédaction de magazines sur Internet, et est régulièrement publié dans la presse francophone.

15 juin 2007

Le Diable de Çildir : Extrait N° 4

cildir


Comme elle avait l’impression d’étouffer, Alexia chercha désespérément un peu d’air. Instinctivement, elle voulut remonter à la surface pour sortir la tête de l’eau. Son corps trempé lui semblait lourd, inerte, inutile. Elle eut envie de crier pour appeler à l’aide. Mais elle n’avait pas l’énergie nécessaire pour le faire, et sa bouche resta muette. Si personne ne pouvait l’entendre, nulle main secourable ne se tendrait vers elle pour la sauver de la noyade. « Je vais mourir, pensa-t-elle, en réprimant un sentiment de révolte qui la poussait à vouloir survivre. Je vais mourir. Aidez-moi ! Aidez-moi ! Aidez-moi ! »

Sa main droite empoigna fermement le drap. Un drap ! Que venait faire ce drap dans l’eau ? Et l’eau, quelle eau ? Et si cette eau n’était qu’un rêve. À moins que ce ne fut ce drap. Le drap ou l’eau, lequel appartenait au rêve, lequel faisait partie de la réalité. Il n’y avait qu’une façon de s’en assurer : se réveiller. Se réveiller, s’il n’était pas trop tard. « Mais, je vais mourir noyée, se dit-elle dans cet état de semi-conscience. Je vais mourir, si je me réveille. »
Paralysée par ses émotions, elle frissonna. Était-ce parce qu’elle avait peur ? Ou était-ce de froid ? Ce devait être à cause du froid, car la mort ne semblait pas lui faire peur.

« Quelle heure pouvait-il être ? » Les idées encore confuses, elle ne se préoccupa de rien d’autre. Juste de l’heure. Pense-t-on à l’heure lorsqu’on va mourir ? Elle en oublia qu’elle avait froid, et que parce qu’elle avait froid, elle émergeait de sa douce léthargie avec une sensation étrange. Elle ouvrit, néanmoins, les paupières, lentement, très lentement, car plus que de les ouvrir, elle essaya de les soulever péniblement. Mais ses paupières refusaient de lui obéir. Il arrivait parfois que des sécrétions lacrymales graisseuses lui collent les cils. « Tes yeux sont maudits, tu devrais les cacher », lui avait lancé, un jour, une fille avec de la méchanceté dans la voix. Sans doute, était-elle un peu jalouse. Toutes les filles sont un peu jalouses les unes des autres. Alexia l’avait envoyée paître. Elle n’était pas de nature à s’en laisser compter. D’ailleurs, que pouvaient-ils avoir de maudits ses yeux ? N’était-ce pas plutôt leur couleur turquoise qui fascinait tout autant qu’elle intriguait. Il est vrai que là où elle avait vécu, nul n’en avait jamais vu de tels.

Deco pour blog

Posté par arkantz à 11:17 - Littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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