Jean Lassalle



Le 10 juin dernier, Pierre Jallatte, un chef d’entreprise de 88 ans se donnait la mort, chez lui à Nîmes. Il disait qu’il partirait avant de voir mourir son entreprise. Celle-ci était menacée de délocalisation en Tunisie et 285 emplois étaient menacés. Le fondateur de cette entreprise qui fabrique des chaussures de sécurité n’a pas attendu le résultat d’une ultime réunion à la préfecture de Nîmes sur le projet de délocalisation de la production, décidée par le groupe italien Jal (propriétaire de Jallatte). En 2006, le député Jean Lassalle entamait une grève de la fin de 39 jours pour protester contre la délocalisation de l’usine Toyal d’Accous vers Lacq. Il s’agissait une délocalisation dans la même région, mais pour le député des Pyrénées il s’agissait de défendre l’emploi dans la vallée d’Aspe en essayant d’y conserver cette usine.

Dans l’entre deux tours des élections législatives de 2007, un débat a eu lieu entre l’opposition et la majorité présidentielle sur la question de la TVA sociale, aussi présentée comme une TVA anti-délocalisation. Les délocalisations mettent l’emploi en péril. C’est le discours de nombreux responsables politiques français et européens qui voient partir vers des pays à faible coût de main d’œuvre des unités de production entières. Ce fut le cas des chaussettes Olympia vers la Roumanie.

Les emplois perdus sont les moins qualifiés. On ne parle jamais des emplois générés, ceux à haute qualification ou à plus value créative. C’est ce qui ressort de l’excellent ouvrage de Thomas L. Friedman « La Terre est plate : une brève histoire du 21ème siècle ». J’ai eu l’occasion d’aborder cet essai dans « De globe en blog ou de la globalisation ».  Le constat de l’auteur est clair et peut-être cruel, l’évolution des sociétés pousse de plus en plus à automatiser, robotiser ou externaliser certaines tâches ou fonctions. L’Inde, la Chine et les anciens pays du bloc de l’Est sont les bénéficiaires de cette externalisation. La progression de leur niveau d’éducation leur permettra même de rivaliser avec l’Occident dans les domaines techniques et scientifiques avec des formations et des diplômes compétitifs. Il convient donc à l’Occident, même si la démonstration de Thomas L. Friedman s’appesantit sur les Etats-Unis, de se préparer à cette concurrence, non en essayant de préserver des acquis, ni en élevant des barrières protectionnistes, mais en développant la recherche, la créativité et l’imagination.

Malgré leur avance, notamment dans le domaine de l’éducation – 4000 des 7000 universités dans le monde sont américaines – les Etats-Unis ne sont pas à l’abri des défis du 21ème siècle que prévoit Thomas L. Friedman. Dans les années 40, des chroniqueurs parlaient du péril jaune. Cette image fut reprise dans les années 70. Aujourd’hui le péril n’est ni jaune, ni asiatique, il est global. C’est le péril qui guette les sociétés avachies sur leurs certitudes. C’est le péril des sociétés arc-boutées sur leur modèle. C’est le péril des sociétés endormies sur leurs lauriers. Le monde est en mouvement. Les sociétés et les entrepreneurs des pays émergeants sont de plus en plus actifs, mobiles et compétents. Le 21ème siècle est à inventer. Ce devra être un siècle de progrès et de solidarité, d’économie raisonnée et de développement durable, de tolérance et d’ouverture. Car le plus grand défi d’entre tous c’est celui de la Terre, et de la création de richesses dans le respect de l’environnement. Car mieux que partager les richesses, il faut apprendre au plus grand nombre comment les créer.

Ce qui est regrettable c’est qu’un homme soit mort à 88 ans pour avoir voulu sauver son entreprise.

Carl E. Arkantz