pakistan
Des soldats restent aux aguets.
© Anjum Naveed

Jamais une mosquée n’aura autant mérité son nom de mosquée rouge. Soupçonnée d’abriter des militants d’Al Qaïda, cette mosquée est assiégée depuis le 3 juillet par l’armée pakistanaise. Après plusieurs tentatives de négociation, la décision de donner l’assaut a été prise malgré les réticences du président Moucharraf qui craignait pour la vie des femmes et des enfants. Siège d’un Islam radical dès sa fondation en 1965 par Muhammad Abdullah assassiné en 1998, la mosquée rouge est dans la ligne de mire des autorités pakistanaises, notamment depuis 2007.

L’opération militaire en cours se traduira par un bain de sang. Les intégristes et leurs partisans verront là une nouvelle occasion de glorifier leurs martyrs tombés pour la gloire d’Allah ; une manière de proclamer haut et fort leur mépris pour la vie terrestre en offrant la promesse d’un paradis hypothétique. Le gouvernement pakistanais aura sans doute réussi à mâter une mosquée rebelle, mais sa victoire sera éphémère et amplifiera les rancœurs entre les tenants d’un islam modéré et les islamistes les plus radicaux. Quant au président Pervez Mucharraf, qui fut en son temps un des meilleurs soutiens du régime des Talibans en Afghanistan, son ralliement à la politique américaine de l’administration Bush avec en point d’orgue l’assaut contre la mosquée rouge risque de lui coûter fort cher.

Le Pakistan est loin d’être un État démocratique. L’épisode de la mosquée rouge marquera sans aucun doute d’une pierre noire son histoire et son devenir. N’oublions pas que le Pakistan est l’une des huit puissances nucléaires et que la possession de l’arme atomique par des intégristes prêts à en découdre avec l’Occident et leurs voisins immédiats serait bien plus dangereuse que les projets d’enrichissement d’uranium de l’Iran.

Il serait temps que nos myopes de la politique internationale décident de changer leurs lunettes.

Carl E. Arkantz