persepolis


Distingué lors du dernier festival de Cannes par un prix spécial du jury, le film de Marjane Satrapi et de
Vincent Paronnaud raconte l’histoire ordinaire d’une petite fille pas si ordinaire. Tirée de la bande dessinée Persépolis, ce film nous fait partager le quotidien de la famille Satrapi dans l’Iran de la fin des années 70 jusqu’au début des années 90. De la chute du régime du Shah à l’instauration de la République islamique, cette famille d’origine princière Qadjar et progressiste – l’oncle Anouche est communiste – passe de l’espoir à la désillusion. La grand-mère, figure digne et aristocratique, manie un langage cru et sans concession face à un père et à une mère beaucoup plus fatalistes. Marji évolue au milieu des siens avec son tempérament rebelle pour ne pas dire révolutionnaire, aussi proche de Marx que de Dieu. On saluera le doublage réussi de Chiara Mastroianni (Marjane), Catherine Deneuve (sa mère – elle est également la mère de Chiara Mastroianni), Simon Abkarian (le père) et Danielle Darrieux (en étonnante grand-mère).

Le dessin en noir et blanc – ponctué de séquences en couleur lors de l’arrivée de Marjane à Paris – est des plus efficaces. Il permet de transmettre un message plus clair que la photo tout en étant aussi fort et cruel. Partagé entre le rire et les larmes, le spectateur ne peut rester insensible aux pérégrinations de cette fillette fan de Bruce Lee et de musique rock qui s’éveille à l’adolescence dans son exil viennois et revient presque femme à Téhéran sombrant dans la dépression la plus totale.

Ce film on s’en doute n’a pas été bien perçu du côté du régime des Mollahs iraniens car il donnerait une image faussée des réussites de la République islamique. Il est vrai que de vouloir asservir l’homme et surtout la femme doit être considéré par ces religieux comme un progrès social majeur et que d’avoir permis à une masse avide de vengeance de régler ses comptes avec ceux qu’elle estimait trahir la cause de l’islam figurera comme une avancée historique ; l’épisode du laveur de carreaux devenu directeur d’un service pour l’attribution des visas refusant la sortie d’un cardiaque pour une opération de la dernière chance est des plus éloquents comme celle des gardiens de la Révolution reprochant à Marjane de trop onduler du derrière en courant, ce qui paraît impudique à leurs yeux.

On en oublierait la grandeur de l’Empire perse qui libéra le peuple d’Israël du joug des Babyloniens et l’aida à reconstruire en Judée ses villes et ses temples. On en oublierait la richesse de la culture iranienne qui engendra des poètes d’une rare modernité comme Omar Khayyâm (1048-1123) qui dans son Robayat CLXIV écrivait :

« Pauvre homme, tu ne sauras jamais rien. Tu n'élucideras jamais un seul des mystères qui nous entourent. Puisque les religions te promettent le Paradis, aie soin de t'en créer un sur cette terre, car l'autre n'existe peut-être pas. »

Cette Iran-là, éternel, devrait nous faire oublier la parenthèse sanglante de la Révolution islamique comme celle du règne autoritaire de la dynatie des Pahlevi.

Merci Marjane de nous avoir donné ton témoignage sincère et émouvant…

Carl E. Arkantz