31 juillet 2007
La mort d'un clown
Il était aimé par beaucoup, mais également détesté par tous ceux qui ne supportaient pas ses incartades télévisuelles. Michel Serrault ne laissait personne indifférent. C’était déjà ça. De sa vie privée, restée secrète, on n’aura rien su. Quelle importance au fond ! Lui qui savait incarner la gravité comme la drôlerie, le comique et la tragédie, nous aura quitté dans le cœur de l’été, discrètement, à l’aube de ses 80 ans. Il rejoindra dans cet Autre Monde, si cet autre Monde existe, son compagnon de scène Jean Poiret avec qui il fit les beaux jours des cabarets et du théâtre parisiens.
Ce séminariste qui préféra les planches à la chaire, mit de la chair dans ses personnages en les rendant inoubliables. Fou sans vraiment l’être, bougon à l’écran mais tendre en son for intérieur, tueur froid ou fonctionnaire cynique, il aura tout joué sur la palette qui va du rire aux larmes.
Alors adieu l’artiste !
Carl E. Arkantz
Le septième sceau s’est brisé
En 1957, Ingmar Bergman réalisait « Le Septième Sceau ». Ce film métaphysique mettait en scène un chevalier de retour des Croisades qui affronte la Mort dans une partie d’échecs alors qu’une épidémie de peste ravage le pays. La vie, la maladie, la mort, la recherche de Dieu et le doute quant à Son Existence telles étaient les principales questions que posait ce film grave tourné en noir et blanc à l’heure où le Technicolor envahissait les productions hollywoodiennes. Une mise en scène sobre, une lumière glaciale rehaussaient le talent d’un jeune Max von Sidow (28 ans à l’époque) plus que convainquant en chevalier aguerri. Et si la mémoire collective a oublié le nom de Bengt Ekerot, personne parmi ceux qui ont vu ce film ne pourront oublier le visage de la Mort.
La sensualité Bergman la développera dans « Les Fraises sauvages » et surtout dans « Cris et chuchotements » avec sa symphonie des visages et des corps, la maladie, la beauté, le désir et la mort entremêlés. L’intimité des sentiments humains qui s’expriment parfois avec audace et souvent avec pudeur, cette recherche omniprésente d’un bonheur qui fuit, comme cette fascination de l’invisible et ce goût du mystère ou du non-dit font que l’œuvre de Bergman est à ce point unique et inégalée.
En 1957, il faisait jouer son personnage principal avec la mort. Le titre de son film empruntait un passage de l’Apocalypse, le livre des Révélations :
« Et lorsque l'Agneau ouvrit le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, environ une demi-heure. Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu; on leur remit sept trompettes. »
L’ironie du sort aura voulu que 50 ans plus tard, le 30 juillet 2007, il se fit un silence beaucoup plus long qu’une demi-heure. Ce silence-là aura la durée de l’Éternité. Ingmar Bergman aura rencontré la mort, la sienne, dans une partie d’échecs cette fois-ci perdue. Reste son œuvre. Immortelle.
Carl E. Arkantz
31 juillet 2007


