Le Fort de Condé...

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© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman

...un chef d'œuvre de l'inutile ?


Après la défaite de 1870, la France perdait l'Alsace et la Lorraine. Le déclenchement de la guerre de 1914, celle qu'on appelait alors la Der des Der (la dernière des dernières) laissait espérer la reconquête de ces provinces perdues. On n'imaginait pas alors, en Picardie comme ailleurs, l'effroyable et impitoyable saignée qu'allait provoquer l'une des premières guerres modernes, jetant hommes et machines dans un terrible chaos. Le Chemin des Dames hante bien des mémoires.

Outre le gâchis humain irremplaçable, il y eut le corollaire des destructions massives comme celle du donjon du château de Coucy ; il fallut à l'armée allemande 70 tonnes d'explosifs (un wagon entier !) pour faire disparaître à jamais l'un des plus beaux ouvrages du Moyen âge, et ses 54 mètres (un défi à cette époque !) qui en faisaient la plus haute tour d'Europe. Que dire de la cathédrale Saint-Gervais Saint-Protais de Soissons, éventrée (un miracle !) ; elle fut refaite avec des éléments d'origine, alors que le centre ville tout entier avait été détruit ;

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ou encore l'abbaye de Vauclair dont il ne subsiste que des ruines splendides, et combien d'autres villages, édifices et sites ?

Au milieu du désastre, reste un fort solitaire.

Un fort dont l'étrange histoire plonge ses origines dans la défaite de 1870 ; un ouvrage désuet dès son achèvement ; un chef d'œuvre de l'inutile, direz-vous ? Inutile peut-être, mais impressionnant surtout.


© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman

Et il aura fallu l'énergie de quelques passionnés pour le sauver de l'oubli.

Appartenant à la deuxième ligne du système défensif chargé de protéger Paris - c'est d'ailleurs le plus grand des forts de ce second rideau défensif -, le fort de Condé est un ouvrage militaire dû au général Séré des Rivières.

Il a été construit entre 1877 et 1882. Pourtant, il n'a jamais connu le feu, uniquement utilisé comme casernement, jusqu'en 1912 ; il a été déclassé militairement par la suite. Occupé de 1914 à 1917 par les Allemands, il a été converti en hôpital militaire. Il a été repris en 1917 par les Français
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Avec ses 17 galeries traversières, ses traverses abris ou enracinées, son large fossé, son système d'assainissement, le fort de Condé est un raccourci saisissant d'architecture militaire. Il pouvait abriter une garnison de 650 hommes, 40 sous-officiers et officiers.

© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman


Pour sa défense, il était pourvu de nombreuses caponnières simples ou doubles (renforcées par des créneaux de pied), de casemates dont certaines cuirassées de plaques de fonte (l'une de celles-ci était équipé d'un 155mm Bange de 7,5 t. de 1877 pouvant tirer des obus jusqu'à 10km.


Pendant le rechargement de 3 min., le sabord était fermé par un verrou. Les tirs étaient guidés par un officier de tir situé à l'extérieur. On pouvait y stocker 126 t. de poudre et 480.220 cartouches ; l'eau arrivait par un puits de 87 m. de fond qui était verrouillé par sécurité. Le tout permettait une autarcie de 6 mois.

Mais voilà, qu'à peine sorti de terre, le fort de Condé était déjà condamné à ne pas servir.

En 1885, la découverte d'un nouvel explosif sonna le glas de ce type de fortification. Depuis lors, tous les forts furent bétonnés pour résister aux explosifs.

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© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman

Laissé à l'abandon, le fort de Condé a fait l'objet d'un vaste chantier de réhabilitation depuis 20 ans, d'abord par des bénévoles, puis par la communauté de commune du Val de l'Aisne.

De juillet à août, des visites nocturnes permettent de voir ce fort sous un autre aspect.

Ce bel ouvrage pourrait peut-être trouver un second souffle comme décor de cinéma…

Avis aux professionnels !

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© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman


Nous remercions M. Leleu, responsable du site et Mlle Gülsen Ozkan pour la qualité de leur accueil et les informations précieuses qui ont permis la rédaction de cet article. Nous remercions également le CDT of Aisne.