31 août 2007
Le Diable de Çildir : Extrait N° 7

Igor Sulakvelidze n’avait rien bu cette nuit-là. Il en avait fait la promesse au lieutenant Babel, parce qu’il était son ami. Mais, il aurait bien voulu rompre cette promesse tant il avait froid dans ce vaste hangar. Il devrait pour cela abandonner son poste, regagner sa chambrée, chercher dans sa cantine une bouteille de vodka qu’il liquiderait à la santé de son ami David. On ne boit qu’à la santé des gens qu’on aime. Et en-dehors de lui, Igor n’aimait personne, hormis le lieutenant Babel. Il grelotta. Le froid commençait à l’engourdir. Pourquoi avait-il si froid, cette nuit-là ? Il serra son fusil contre lui comme si cela pouvait le réchauffer. Dans son dos, un craquement le fit sursauter. Il se retourna.
« Qui va là ? tonna-t-il pour se donner du courage.
Personne ne répondit. Il y eut un silence, puis un grincement.
« Qui va là ? répéta-t-il sur le même ton.
Craignant un coup de feu accidentel, il hésita à armer son fusil. En cela, il ne faisait qu’observer strictement les consignes.
« Ne tirez qu’en dernier recours, et visez juste. Ou vous ferez sauter l’armurerie. », répétait le capitaine. « Et on se ferait sauter avec, pensa le 2ème classe. Un billet direct pour l’enfer ! »
Il n’en menait pas large, le doigt sur la détente, ne sachant s’il allait se frotter à un intrus ou bien à un rat. Il aurait préféré que ce fut un rat. Une main s’abattit sur sa bouche. Il étouffa un râle. Un avant-bras lui bloqua le cou, tout en le soulevant de terre. Un genou lui enfonça la colonne vertébrale au niveau des lombaires. Devant ses yeux écarquillés, une longue lame brilla dans la pénombre. Un éclat bleuté, froid et sinistre. Avant que son cerveau ait eu le temps de comprendre qu’il allait mourir, la pointe d’acier perfora son thorax. La brûlure atroce le fit hurler.
« David ! »
29 août 2007
Mes Amis, mes Amours… murs… et murmures du cœur

Mes Amis, mes Amours… à cela Charles Aznavour a ajouté mes emmerdes.
C’est une comédie à l’anglaise que nous a concocté Marc Lévy. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une comédie fraîche et enlevée qui a le parfum doux amer du temps qui passe sur une amitié inoxydable. Chacun aimerait sans doute qu’une amitié perdure depuis les bancs de l’école comme celle d’Antoine et de Mathias. Si leur amitié a tenu, leur vie sentimentale semble en panne. Leurs histoires seraient presque parallèles ; Architecte, Antoine vit en célibataire à Londres avec son fils Louis (ne serait-ce pas un récit autobiographique ?) ; Bibliothécaire à Paris, Mathias essaye de vivre seul depuis son divorce ; son ex-épouse Valentine est installée à Londres avec sa fille Emily. La tentation est trop forte pour les rejoindre, reconquérir le cœur de Valentine et être auprès de sa fille. Mathias hésite pourtant… et enfin l’occasion rêvée se présente, celle de reprendre une librairie de quartier dans la capitale anglaise.
Par petites touches comme un tableau impressionniste, Marc Lévy nous brosse le portrait de cette petite colonie française de Londres qu’il connaît si bien. De coups de cœur en coup de blues, nous partageons le quotidien de nos deux compères qui appliquent à la lettre le principe que pour mieux vivre ensemble il faut jeter des ponts plutôt qu’ériger des murs.
En abattant des murs, on réunit des hommes. On consolide aussi une amitié, où deux enfants espiègles et complices jouent les petits génies qui raccommodent les accrocs avec des fils de couleurs .
Au fil de ce voyage, dans les Highlands, Marc Lévy se permet même un clin d’œil. Chut ! Je ne dirai rien…
L’intérêt d’un livre étant principalement de susciter des émotions, laissez-vous emporter dans le sillage d’Antoine et de Mathias, de Louis et d’Emily, de Sophie et d’Yvonne, de Valentine et d’Audrey, de John Glover et de MacKenzie et d’un certain Popinot.
Mes amis, mes Amours… est un excellent compagnon d’évasion dans un Londres loin des clichés de la City ; un Londres vivant et métissé avec ses communautés et ses personnalités attachantes ; un Londres moderne où l’on aimerait venir se perdre un peu et découvrir beaucoup… Ne serait-ce beaucoup de soi-même.
Carl E. Arkantz
Mes Amis, Mes Amours
Marc Lévy
Editions Robert Laffont
ISBN 2221107640
28 août 2007
Au pays de Dieu… une plongée dans l’Amérique profonde

En 1989, Douglas Kennedy avait entrepris un périple dans le pays de Dieu, ainsi qu’il surnomme la Ceinture de la Bible qui, au sud des Etats-Unis, va de la Floride au Texas.
De ce voyage qui se voulait être une rencontre avec les néo-chrétiens, ces mouvements religieux ayant essaimés dans cette Amérique profonde, Douglas Kennedy a brossé le portrait d’une société beaucoup plus mystique qu’on ne pourrait l’imaginer. Avec pour point de départ New-York et sa rencontre avec une businesswoman toute acquise à la foi en Dieu après le décès de son mari, l’auteur nous emmène dans les anciens Etats confédérés.
De la Floride où débute son errance et à chacune des étapes se succèdent des destins d’hommes et de femmes touchés par la foi en réponse à leurs vies fracassées, leur passé de malfrat, un drame personnel, une enfance meurtrie quand il ne s’agit pas de rescapés de ce qu’on peut parfois appeler une secte et qui se battent désormais pour sauver leurs semblables de l’embrigadement psychologique et mystique.
Parmi ces portraits, les plus forts et les plus touchants sont ceux de Cathy une ex des Témoins de Jehova militante antisectes ou de Robert Birt ce pasteur noir d’Enterprise en Alabama qui cherche Dieu dans le regard des hommes.
Le mouvement évangéliste que nous percevons en Europe est loin d’être un phénomène de mode avec ces stars telévangélistes comme Bill Graham. La récente actualité nous a montré que l’action prosélyte des évangélistes dépasse les frontières des Etats-Unis. Ainsi, au premier trimestre 2007, un évangéliste allemand et deux turcs convertis par ses soins ont été horriblement torturés et assassinés à Adana en Turquie par des musulmans ultranationalistes. Plus près de nous, en Afghanistan, un groupe de 23 évangélistes sud-coréens a été enlevé par les Talibans ; deux d’entre eux ont été exécutés ; et deux femmes ont été libérées le 13 août dernier. Ces faits divers sordides, à la limite de l’horreur, ne doivent pas faire oublier que l’action agressive des évangélistes guidés par la Lumière de Jésus, et plus prosaïquement par des multinationales de la Foi basées aux Etats-Unis, se rendent coupables d’un des péchés les plus graves en terre musulmane : détourner d’Allah des musulmans pour en faire des chrétiens. Cette acte est passible de mort, le nouveau converti étant considéré comme le pire des sacrilèges. Que la sanction de mort s’étende aux prêcheurs n’est pas étonnante non plus alors qu’on assiste à un raidissement des mouvements religieux dans le monde. Nous avons pris l’habitude de ne regarder que dans une seule direction, celle de l’Islam et de ses fanatiques. Le récit de Douglas Kennedy rétablit la balance en nous faisant découvrir ce sectarisme néo-chrétien tout aussi dangereux pour la liberté de foi et de conscience individuelles.
Si l’Amour de Jésus est vécu pour nombre de noirs du sud des Etats-Unis comme une forme de libération des contingences terrestres et de soutien moral, l’attrait pour la Foi de beaucoup d’évangélistes américains s’apparente soit à un marché avec Dieu pour gagner une place au Paradis, soit à un alibi pour faire partie des élus de l'après-ère apocalyptique, soit une béquille psychologique pour dépasser les blessures de sa vie, soit le dernier recours pour ceux qui n’ont plus rien à espérer de la vie si ce n’est la mort.
Toujours est-il qu’en insufflant chez leurs ouailles la Force du Très Haut d’habiles prédicateurs n’appartenant pas aux mêmes chapelles promettent beaucoup plus qu’ils ne peuvent tenir, en raffermissant toutefois en chacun un sentiment d’importance qui n’est en fin de compte que vanité ou orgueil. Il ressort de cette logorrhée religieuse où dans la bouche de ces prédicateurs Jésus abonde jusqu’à la nausée, une vision nauséabonde de cette néo-chrétienté.
Le phénomène ne serait pas aussi inquiétant si les puissances de l’argent ne s’y intéressaient pas, transformant la Foi en business lucratif des dons aux maisons de productions de disques de musiques chrétiennes. Tout est bon pour attirer le chaland, puisque il faut appeler un chat un chat.
Que les plus faibles se laissent abuser par de belles paroles ou de vaines promesses est une chose. En son temps, Martin Luther avait dénoncé les tractations de l’Eglise qui vendait aux chrétiens des parts de Paradis. Le drame est que la politique américaine est de plus en plus gangrénée par le phénomène. Et les diverses déclarations du Président George W. Bush en ont été la preuve. Qu’il s’agisse d'enrôler Dieu dans les armées du Bien ou de définir l’Axe du Mal, cette vision manichéenne du Monde dénote de la plus parfaite immaturité.
C’est sans doute en observateur avisé que Douglas Kennedy a publié ce récit remanié. Celui-ci se lit avec le même plaisir qu’un roman de fiction. Pourtant ce n’en est pas un. Hélas ! Croyant ou non, on peut que nourrir des craintes légitimes face à ces nouveaux croisés des temps modernes en quête de Paradis, prêts à nous imposer leur vision de l’Univers, de sa création à son évolution.
En parlant de Paradis, il faudrait que ces prêcheurs méditent et fassent méditer ce quatrain (Robayat) du poète persan du moyen-âge Omar Khayyâm, plus moderne que bon nombre de nos penseurs actuels :
« Pauvre homme, tu ne sauras jamais rien. Tu n'élucideras jamais un seul des mystères qui nous entourent. Puisque les religions te promettent le Paradis, aie soin de t'en créer un sur cette terre, car l'autre n'existe peut-être pas. » (1)
Et faire le Paradis sur Terre avant de l’espérer au Ciel…
(1) Omar Khayyâm (Robayat CLXIV) - Quatrains, traduction de Franz Toussaint
Carl E. Arkantz

Au Pays de Dieu
Douglas Kennedy
Traduit par Bernard Cohen
Editeur Pocket
ISBN : 2266154648
Les charmes discrets de la vie conjugale… le choc en retour

Fille d’un professeur de l’Université du Vermont et célèbre agitateur politique et d’une mère artiste peintre aigrie, Hannah Latham semble étouffée entre ces deux personnalités, l’une brillante, l’autre sarcastique. Mélange détonnant entre ce père WASP et cette mère juive, elle choisit au grand désespoir de ses parents et de sa meilleure amie Margie le mariage avec Dan Buchan, un jeune étudiant en médecine ; avec lui elle va s’enterrer dans une bourgade du Maine, à Pelham.
Durant la période troublée de 1966 à 1974, Douglas Kennedy nous retrace comment les incertitudes de la guerre du Vietnam avec ses mouvements pacifistes jusqu’au scandale du Watergate vont bouleverser la vie d’une famille d’apparence si lisse, si ordinaire pour découvrir des failles, des trahisons et des mensonges. Une histoire qui pourrait être universelle ! Pour ne pas reproduire la même expérience que ses parents, Hannah s’isole dans une vie plan-plan de petite bourgeoise de province. Cette belle mécanique qu’elle croit exemplaire va être mise à mal par une relation adultère suivie d’un délit. Contre vents et marées, Hannah va s’efforcer à garder le secret et à oublier.
Trente ans plus tard, les Buchan ont acquis une position sociale respectable ; leurs enfants Jeff et Lizzie semblent avoir réussi leurs vies professionnelles. En est-il de même de leurs vies personnelles ? La société américaine de l’après 11 septembre a changé de visage. L’administration Bush a permis à la droite radicale et religieuse de s’affirmer. Le néo-christianisme s’affiche avec le masque du patriotisme. Jeff appartient à cette mouvance. Lizzie sombre dans la déprime sentimentale. Hannah assiste impuissante à la déliquescence de cette existence qu’elle imaginait bien rôdée. Et c’est le choc, le drame familial et surtout la révélation du secret qu’elle avait cherché à cacher qui vont faire s’effondrer cet univers soigneusement préservé.
De la nausée aux larmes, ce diable de Douglas Kennedy réussit à entraîner le lecteur dans ce maelström dévastateur que masque habilement le titre trompeur de son roman. Le titre américain de State of Union joue sur un double sens ; le discours de l’Etat de l’Union est prononcé chaque année devant le Congrès par le Président des Etats-Unis, il décrit la situation politique et économique du pays. Dans cet esprit, Douglas Kennedy dépeint effectivement le portrait de deux Amériques, l’une contestataire et libertaire des années 60 et 70 avec ses combats pour la fin de la guerre du Vietnam ; et l’autre rigoriste pour ne pas dire tentée par un totalitarisme religieux et sectaire, drapée dans un patriotisme militant qui, suite au traumatisme des attentats du 11 septembre, a déclaré la guerre à l’Afghanistan et se prépare à envahir l’Irak. Par ailleurs, State of Union aurait également un sens plus personnel se référant à l’union en tant que mariage. Et c’est bien de cela aussi dont il est question.
Le charme discret de la vie conjugale est un constat sans complaisance d’une Amérique que nous avons du mal à comprendre.
Carl E. Arkantz

Le charme discret de la vie conjugale
Douglas Kennedy
Traduit par Bernard Cohen
Editions Belfond
ISBN : 2714441068
11 août 2007
Bonnes vacances
Je serai absent du 12 au 27 août...
J'en profiterai pour écrire de nouvelles chroniques qui auront sans doute le goût et la saveur de l'Océan...
Bonnes vacances à tous...
Et bonnes lectures sur le blog.
Carl E. Arkantz
10 août 2007
Alsace... On the shores of the Rhine river
Alsace...
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© ADT du Haut-Rhin |
...On the shores of the Rhine river
About 400 km from Paris, north east of France on the borders of Germany and Switzerland, Alsace is the smallest of all the French regions. It is divided into 2 administrative departments, the Bas-Rhin (Lower Rhine) with its capital Strasbourg and the Haut-Rhin (Upper Rhine) the capital of which is Colmar.
Covering an area of 8280 km2, Alsace spreads out between the shores of the Rhine River and the Vosges Mountains. It has a diverse and rich landscape divided among its prairies, valleys, fir and beech forests, plains, mountaintops and vineyards.
Alsace offers its visitors a diverse nature and a rich human and technological heritage. It is famous for its beautiful towns and villages, and their charming houses with timber studs and the colorful and flowery balconies and windows.
La Route des Vins
It is a paradise for trekkers who will find unlimited tracks through the plains and cultivated lands, hills and vineyards, the Vosges Mountains and its fir forests. |
There are many traced routes and paths for those interested to discover the region on foot or on mountain bikes.
The most famous is "La route des vins d'Alsace" (the wine route of Alsace), which covers a track of 170 km passing through vineyards, forests, ruins of castles, ramparts, wine caves, roman churches and many more villages and towns.
The 3 major cities of Alsace are Strasbourg, Mulhouse, and Colmar. The intellectual cultural and financial capital of Alsace, Strasbourg is also the capital of the parliamentary institutions of Europe, including the European Court of Human Rights. The Cathedral, the symbol of Strasbourg, is one of the most beautiful ones in France and is a masterpiece of medieval architecture.
Mulhouse is the industrial and economic center of Alsace. Although the remains of its medieval past are rare (except for a tower or two), it attracts a lot of visitors for its museums. In fact after Paris, the most visited museums are here.
Colmar is the agricultural and winemaking town. Known as the capital of Alsace's wines, it is an important touristic center. Colmar is famous for its old districts, especially the old tanner's district which has been renovated to create one of the most picturesque areas, known today as "Petite Venise" (Little Venice).
For more details on Alsace visit our guide section.
09 août 2007
Vous revoir… ou quand Arthur retrouve Lauren
Et si c’était vrai… avait propulsé Marc Lévy dans le monde littéraire avec un parrainage de taille celui de Steven Spielberg lui-même qui avait acheté les droits du roman non encore publié. Tout le monde avait cru à un coup de pub génial là où un agent littéraire, Susanna Lea avait su capter l’intérêt du célèbre producteur avec un simple synopsis à la Foire du Livre de Francfort. Le film sortit en septembre 2005, alors qu’on ne l’attendait plus. Et de l’avis général l’adaptation cinématographique fut bien en deçà du roman. Cela n’avait pas empêché certains critiques littéraires de renom de dénier à Marc Lévy la qualité d’écrivain.
Comme si la qualité d’écrivain pouvait s’apprécier par un label rouge ! Toujours est-il que le succès de Marc Lévy ne s’est jamais démenti depuis avec Où étais-tu ? , 7 jours pour une éternité ou l’étonnant La prochaine fois. Si Marc Lévy a des défauts (personnellement je n’en sais rien, nous ne nous sommes croisés qu’une fois au Salon du Livre de Paris), ce n’est pas du côté de l’écriture qu’il faut les chercher. Il n’a pas son pareil pour décrire l’envers du décor d’un hôpital comme si vous y étiez, sonder les sentiments humains et susciter une émotion réelle chez le lecteur.
Avec Vous revoir Marc Lévy signe la suite de son premier roman Et si c’était vrai… sans les points de suspension, ce qui augure que le chassé-croisé entre Arthur Ashby et Lauren Kline se dénoue enfin. Dans ce roman, les rôles sont inversés. Lauren a un vague souvenir de l’homme qui l’avait assistée pendant son coma. Arthur, toujours amoureux de sa belle revenante en chair et en os depuis sa résurrection, quitte Paris où il avait fui pour les États-Unis. Il n’a pu oublier l’amour de sa vie, mais il n’ose aborder cette femme qu’il aime et qui le hante car il estime ne pas avoir le droit d’interférer dans son existence. Le destin s’en chargera pour lui, jusqu’à mettre sa vie en jeu.
Marc Lévy a dû prendre un malin plaisir à replonger ses personnages dans cette nouvelle aventure où comme dans un puzzle chaque pièce retrouve sa place. Les esprits chagrins critiqueront cette romance. Et alors ? Une jolie romance comme celle-là on en redemande.
Carl E. Arkantz
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Photo Luc Lavigne
Vous revoir
Marc Lévy
Robert Laffont
ISBN : 2-221-10278-9
08 août 2007
Changer de vie… mais à quel prix ?
Avec L’homme qui voulait vivre sa vie, l’écrivain américain Douglas Kennedy nous fait partager le quotidien banal d’un avocat new-yorkais, Ben Bradford dont le parcours semble déjà tout tracé. Tout paraît parfait. Trop peut-être ! La trentaine, marié et père de deux fils, Ben est pressenti pour succéder à l’un des associés, spécialisé en droit testamentaire, dans l’un des plus grands cabinets de Wall Street. Tout irait pour le mieux si sa vie conjugale avec Beth ne semblait pas dans l’impasse peut-être suite à une dépression postnatale ; et par delà, si sa véritable vocation de photographe n’avait pas été contrariée par son père. Et voilà que sous la plume d’un Douglas Kennedy inspiré tout bascule le jour où notre avocat découvre que son épouse a pris pour amant un de ses voisins photographe et un peu bohème.
De la jalousie au meurtre fortuit, l’avocat va saisir l’opportunité de disparaître pour renaître sous l’identité de sa victime et partir loin, dans le Montana pour refaire sa vie comme il l’a rêvée. Sans sombrer dans le vaudeville sordide avec la femme, l’amant et le mari trompé ni le roman vraiment noir, Douglas Kennedy nous raconte l’histoire d’une métamorphose somme toute attachante et pleine d’humour. De suspense en rebondissements, Douglas Kennedy nous manipule jusqu’au dénouement final.
Plusieurs questions se posent : Peut-on vivre avec un meurtre sur sa conscience ? Ou bâtir sa vie sur un mensonge ? Douglas Kennedy les soumet à la sagacité de ses lecteurs. À chacun d’eux de se faire sa propre opinion.
L’homme qui voulait vivre sa vie est Douglas Kennedy de très bon cru. Vivant entre Londres et Paris, cet écrivain a déjà publié de nombreux romans à succès comme Les charmes discrets de la vie conjugale, Une liaison dangereuse, À la poursuite du bonheur ou son dernier roman La femme du 5ème (qui se déroule à Paris). Egalement auteur d’un récit Au pays de Dieu (sur les rapports entre la société et la religion aux États-Unis), Douglas Kennedy reste un auteur méconnu dans son pays d’origine.
Carl E. Arkantz
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L'Homme qui voulait vivre sa vie
Douglas Kennedy
Traduction Bernard Cohen
Editeur : Pocket
ISBN-10: 2266087983
ISBN-13: 978-2266087988
Neige d’Orhan Pamuk… Une parabole sur la Turquie ?

Les dernières élections législatives anticipées en Turquie ont vu la victoire de l’AKP, le parti islamiste « modéré » de Recep Tayyip Erdogan. Le nouveau premier ministre turc qui se succède à lui même est encore le maître du jeu. N’avait-il pas provoqué ces élections suite à l’accession manquée à la présidence de la République de son ministre des affaires étrangères Abdullah Gül ? Les menaces interventionnistes de l’armée, garante du laïcisme n’étaient pas étrangères à l’affaire.
Dans son roman Neige publié en France par Gallimard (en poche par Folio) – est-ce vraiment un roman ? – Orhan Pamuk, prix Nobel de Littérature 2006, évoque une situation de crise à Kars où nationalistes laïcs et islamistes s’affrontent sur fond de suicides de femmes voilées. Aux attentats commis par les partisans d’un islam pur et dur répond un putsch mené par un comédien qui tient plus du clown pitoyable que du dictateur sanguinaire.
Avec le style inimitable du conteur oriental aux phrases longues et riches, Orhan Pamuk nous entraîne dans les pas de son héros le poète Ka qui n’est pas sans rappeler K de Kafka. Envoyé spécial du journal Cumhuriyet, il vient enquêter sur la vague de suicides de femmes et couvrir les élections municipales.
Orhan Pamuk ne manque pas de rappeler que Kars fut une ville autrefois arménienne ; il cite Ani, ancienne capitale du royaume d’Arménie et ses églises millénaires ; il va même jusqu’à se demander par la bouche d’un de ses personnages ce que sont devenus les millions d’Arméniens qui vivaient en Turquie ; il soulève la question du port du voile (le charchaf) et aborde également le problème kurde.
L’écrivain avait été menacé de mort pour avoir évoqué le massacre des Kurdes et le génocide des Arméniens. Il avait été mis en examen par la justice turque fin août en 2005. S’agissant d’un des plus grands écrivains turcs contemporains, on pouvait s’inquiéter du sort qu’on lui réservait. Il fut acquitté en septembre. Ailleurs, on se serait épargné un procès. Il y a bien d’autres moyens d’étouffer la vérité. On se souvient de Hrant Dink assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007 par un nationaliste turc.
Neige, Prix Médicis Etranger 2005 est un grand roman où la neige joue un rôle majeur. Mais plus qu’un roman c’est une véritable parabole qui permet de mieux comprendre la Turquie d’aujourd’hui avec ses contradictions.
Carl E. Arkantz

Neige
Orhan Pamuk
Traduit du turc par Jean-François Pérouse
Folio
ISBN 978-2-07-034454-3
À noter : La photo de couverture de l’édition française est d’Ara Güler, photographe turc d’origine arménienne.
07 août 2007
Le Fort de Condé... un chef d'œuvre de l'inutile ?

© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman
...un chef d'œuvre de l'inutile ?
Après la défaite de 1870, la France perdait l'Alsace et la Lorraine. Le déclenchement de la guerre de 1914, celle qu'on appelait alors la Der des Der (la dernière des dernières) laissait espérer la reconquête de ces provinces perdues. On n'imaginait pas alors, en Picardie comme ailleurs, l'effroyable et impitoyable saignée qu'allait provoquer l'une des premières guerres modernes, jetant hommes et machines dans un terrible chaos. Le Chemin des Dames hante bien des mémoires.
Outre le gâchis humain irremplaçable, il y eut le corollaire des destructions massives comme celle du donjon du château de Coucy ; il fallut à l'armée allemande 70 tonnes d'explosifs (un wagon entier !) pour faire disparaître à jamais l'un des plus beaux ouvrages du Moyen âge, et ses 54 mètres (un défi à cette époque !) qui en faisaient la plus haute tour d'Europe. Que dire de la cathédrale Saint-Gervais Saint-Protais de Soissons, éventrée (un miracle !) ; elle fut refaite avec des éléments d'origine, alors que le centre ville tout entier avait été détruit ;
ou encore l'abbaye de Vauclair dont il ne subsiste que des ruines splendides, et combien d'autres villages, édifices et sites ? | |
| © Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman |
Et il aura fallu l'énergie de quelques passionnés pour le sauver de l'oubli.
Appartenant à la deuxième ligne du système défensif chargé de protéger Paris - c'est d'ailleurs le plus grand des forts de ce second rideau défensif -, le fort de Condé est un ouvrage militaire dû au général Séré des Rivières.
Il a été construit entre 1877 et 1882. Pourtant, il n'a jamais connu le feu, uniquement utilisé comme casernement, jusqu'en 1912 ; il a été déclassé militairement par la suite. Occupé de 1914 à 1917 par les Allemands, il a été converti en hôpital militaire. Il a été repris en 1917 par les Français.
Pour sa défense, il était pourvu de nombreuses caponnières simples ou doubles (renforcées par des créneaux de pied), de casemates dont certaines cuirassées de plaques de fonte (l'une de celles-ci était équipé d'un 155mm Bange de 7,5 t. de 1877 pouvant tirer des obus jusqu'à 10km.
Pendant le rechargement de 3 min., le sabord était fermé par un verrou. Les tirs étaient guidés par un officier de tir situé à l'extérieur. On pouvait y stocker 126 t. de poudre et 480.220 cartouches ; l'eau arrivait par un puits de 87 m. de fond qui était verrouillé par sécurité. Le tout permettait une autarcie de 6 mois.
Mais voilà, qu'à peine sorti de terre, le fort de Condé était déjà condamné à ne pas servir. En 1885, la découverte d'un nouvel explosif sonna le glas de ce type de fortification. Depuis lors, tous les forts furent bétonnés pour résister aux explosifs. |
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© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman |
Laissé à l'abandon, le fort de Condé a fait l'objet d'un vaste chantier de réhabilitation depuis 20 ans, d'abord par des bénévoles, puis par la communauté de commune du Val de l'Aisne. |
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© Sedecs/Terroirs-of-France/ M. Durman |
Nous remercions M. Leleu, responsable du site et Mlle Gülsen Ozkan pour la qualité de leur accueil et les informations précieuses qui ont permis la rédaction de cet article. Nous remercions également le CDT of Aisne.








