Arkantz

Romancier et éditorialiste, Carl Eric Arkantz collabore régulièrement à la rédaction de magazines sur Internet, et est régulièrement publié dans la presse francophone.

05 août 2007

Le Diable de Çildir : Extrait N° 6

cildir


« UN grand orage s’élèvera, qui fera trembler la terre… »

Ce disant, le colonel Mikaelov détourna le regard de la fenêtre. Au demeurant, il n’avait nul besoin d’observer au-dehors pour exprimer un sentiment qui ne concernait pas la météo. Sa préoccupation était toute autre et, carré dans son fauteuil, le prince n’avait pas semblé avoir saisi la portée de la métaphore. C’est toutefois l’idée que se fit le colonel en le dévisageant. Depuis quelques jours, Tigrane de Lambron semblait beaucoup moins attentif aux contingences militaires que d’habitude. Certes, il n’avait pas la réputation de verser dans l’exubérance. Toujours mesuré dans ses paroles, il se livrait rarement, préservant jalousement ses secrets comme le retour de mission des Cosaques de sa garde rapprochée, trois jours plus tôt. Rien n’ayant filtré sur cette affaire depuis lors, le colonel avait dû se contenter d’informations qu’il avait obtenues par la bande. Si tant est qu’elles ne fussent pas de simples bruits colportés par les uns et les autres. Il semblait toutefois établi qu’une unité spéciale aurait fait une incursion en Iran. Personne n’en connaissait l’objectif précis.
N’en sachant guère plus, le colonel n’avait pas osé interroger le prince au risque de se montrer indiscret, bien qu’il le considérât comme un ami. Le propre d’un ami n’est-il pas de respecter les secrets des autres ?

« Et qui fera périr de nombreuses armées, continua Boris.
- Tu veux parler de la guerre ? »

Depuis Çildir, le prince avait pris la curieuse habitude de tutoyer son colonel. Sur le moment, cela l’avait gêné, puis il s’était pris au jeu. D’ailleurs, le prince de Lambron n'octroyait ce privilège qu’à un cercle très limité, obéissance oblige.

« Non, je citais juste une phrase du Zohar qui me passait par la tête. La guerre, nous savons déjà qu’elle est à nos portes. »

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03 août 2007

Le Prince des Faces - Extrait N° 7

masque

Il était presque midi, le hall semblait se vider. Les uns mangent sur place un sandwich ou un fruit ; les autres emplissent les buffets et les restaurants pour boire un café, une bière, un apéritif, déguster une entrecôte, une salade de gésiers ou un rôti froid. Kendall regarda par dessus son épaule. Une jeune femme en robe mauve, les cheveux châtains tirés en arrière en queue de cheval, croquait une pomme. Elle quitta son siège pour consulter les horaires de départ. Puis, elle se retourna.

" Excusez-moi ", risqua-t-elle en s'adressant à Douglas. " Vous pouvez surveiller ma valise ? Je vais acheter un livre."

Il la dévisagea ; elle était jolie.

" Bien sûr", assura-t-il.

Elle fit rouler sa valise verte jusqu'à lui et s'éloigna dans le hall. Douglas la suivit des yeux ; elle était aussi jolie de face que de dos. Soudain, il songea : " Et si sa valise était piégée ? Non, elle n'a pas l'allure d'une terroriste ! Ont-ils un type particulier ? "

Il se remémora les messages de la sécurité. La psychose de l'attentat empoisonnait les esprits, depuis les deux dernières explosions à Paris, dans le RER et sur les Champs-Elysées.

" Si ça saute ", pensa-t-il. " Je mourrai. Quelle ironie ! J'ai affronté la mort, dans la jungle, dans des villes assiégées et dans les déserts. Ce serait vraiment idiot d'être tué, ici, en pleine gare par une bombe. "

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