Deviennent suicidaires !

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007 au pays du Los.. Ange

« Gouverner, c’est prévoir », était-ce le Brahmane Sissa (sous la plume de Jules Lazard) ou Émile de Girardin (journaliste et homme politique français) qui fut l’auteur de cette citation. À vrai dire, cela importe peu. Mais la direction de Renault l’a prise au pied de la lettre ou du mail en la circonstance.

On se souvient de la rocambolesque histoire d’espionnage qui avait conduit à soupçonner des cadres de l’entreprise d’intelligence économique. L’affaire avait fait grand bruit en son temps.

Elle vient de rebondir. On appelle cela l’effet boomerang car d’après des pièces versées au dossier de l’instruction, le constructeur aurait « anticipé » un « éventuel suicide » des cadres suspectés.

Ainsi, des communiqués étranges en date du 11 janvier 2011 auraient été saisis sur l’ordinateur de la directrice de la communication d’alors, Frédérique Le Grèves. À cette époque, la direction de Renault, se croyant victime d’une opération d’espionnage industriel, convoquait ces trois cadres pour un entretien préalable au licenciement.

Anticipant le suicide de ceux-ci, la directrice de la communication aurait demandé à l’une de ses collaboratrices de rédiger des projets de communiqués dédouanant le constructeur automobile.

Suicide ou tentative de suicide, tous les scénarios sont envisagés. Ainsi dans l’un d’entre eux, on peut lire : « Toute l’entreprise est profondément ébranlée par la gravité de ce geste. »

En cas de suicide, le communiqué se complétait d’un : « (l’entreprise) pense particulièrement à la famille de M. xxx ». Il ne restait plus qu’à personnaliser, et le tour était joué.

On se souvient des vagues de suicides au Technocentre de Renault à Guyancourt comme à ceux survenus chez France Telecom. Mourir pour son travail va plus loin que se tuer au travail. Lorsque le travail est vécu comme une pression sociale intolérable, il faut se poser des questions sur le management. Le travail est indispensable dans nos sociétés puisqu’il permet de vivre, de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, de s’épanouir et de remplir un rôle social.

Pour beaucoup, le travail est devenu synonyme de compétition, de challenge, de remise en question. La fragilité humaine confrontée aux exigences économiques, stratégiques ou financières n’y résiste pas. La vision de l’entreprise est faussée dès l’école et par-delà dans les mentalités, où elle est perçue plus comme une structure oppressive qu'en tant qu'agent économique nécessaire. La personnalité et la culture des dirigeants n’y est pas étrangère. Issus des grands corps de l’État, de grandes écoles ou du sérail, les décisionnaires sont à des années-lumière des préoccupations de leurs contemporains. Savent-ils communiquer, motiver, écouter, accompagner ? Pas toujours. Enfermés dans leurs certitudes, mais confrontés au doute, ils ne connaissent parfois que la fuite. Carlos Ghosn a du souci à se faire.

Bien littérairement.