Le racisme se joue à deux

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Le titre se veut provocateur. Le propos est hélas courant parmi certains de nos contemporains.

Nos sociétés manichéennes aiment les oppositions tranchées : le bien et le mal, le blanc et le noir, le vice et la vertu, le riche et le pauvre. Les exemples ne manquent pas. Pour le racisme, c’est un peu la même chose. À l’époque de l’Apartheid, les Africains de couleur étaient mis à l’écart par les Afrikaners, descendants des colons blancs. Il n’y avait pas que les noirs qui étaient considérés comme des citoyens de seconde zone, mais également les Indiens. C’est en Afrique du sud que l’avocat Gandhi a été témoin et victime de ce racisme ambiant. Pourtant, n’est-ce pas dans cette même Afrique du sud que le plus célèbre de ses prisonniers politiques, Nelson Mandela en est devenu le premier président noir ?

Les États-Unis se disent une démocratie. N’ont-ils pas été fondés que les principes de la franc-maçonnerie ? La plupart des signataires de la Constitution de 1776 à commencer par George Washington étaient des Frères. Néanmoins, la ségrégation raciale a bien sévi aux États-Unis. La guerre de sécession opposait deux modèles économiques différents, et celui du sud reposait sur l’esclavage. Le mouvement des droits civiques n’a permis qu’à partir de 1965 de faire disparaitre toutes les barrières qui empêchaient les afro-américains à participer à la vie politique américaine. Né en 1961, Barack Obama n’aurait pas pu accéder à la magistrature suprême sans ce combat pour l’égalité des droits, amorcé dès la fin de la guerre de sécession.

Malheureusement, ces évolutions ne font pas cesser le racisme. Le racisme se joue à deux. Il existe des racistes quels que soient les confessions, les origines ou les couleurs de peau. On parle souvent d’un racisme anti-noir de la part des « blancs » ; l’inverse est hélas tout aussi vrai. Les Arabes d’Afrique du nord ont été de grands esclavagistes à l’époque du commerce triangulaire. Dans l’Empire ottoman, les enfants non-musulmans étaient enlevés à leurs familles, les garçons de robuste constitution venaient grossir les rangs des janissaires, les filles les plus belles finissaient dans les harems. Roustam, le mameluk arménien de Napoléon Ier n’était-il pas un de ces esclaves affranchi puis offert par le sheik El Bekri au général Bonaparte.

Est-on raciste à cause du Banania ? Y-a-bon, n’est-ce pas !

La France est riche de toutes ses composantes. Mais il faut que chacun joue le jeu. S'intégrer dans une société nouvelle n'est pas la chose la plus facile mais cela reste possible. On peut conserver sa langue et sa culture, tout en s'impliquant dans la société française et en adoptant ses valeurs. Nous sommes un Français sur quatre à avoir une origine étrangère. Le drame vient du repli sur soi, le réflexe communautaire. Instrumentaliser ses origines, sa religion ou la couleur de sa peau n’est-pas une forme de rejet de la société dans laquelle on vit ?

On peut comprendre l’exaspération de Mme Taubira. Piégée par le président de la République, ne paie-t-elle pas le prix de son « engagement » pour le mariage homosexuel ?

La compétence professionnelle ne s’évalue pas selon les origines. Il est surprenant que l’arrivée au TF1 du journaliste Harry Roselmack ait pu provoquer des critiques. Aux États-Unis comme en Grande-Bretagne, des journalistes issus de l’émigration présentent bien les journaux télévisés.

Le vivre ensemble demande de la tolérance des deux côtés. Évitons les raccourcis faciles ! Les médias ont aussi leur part de responsabilités. À force de culpabiliser les uns ou les autres, on génère des tensions qui n'ont pas lieu d'être. Et tout excès de culpabilisation conduit les uns vers le renoncement, les autres dans l’extrémisme. Toute remarque haineuse d'où qu'elle vienne doit être prohibée. Car de la haine à l’acte malheureux de la violence, il n’y a qu’un pas, un Rubicon que certains franchiront sans réfléchir.

C'est de l'union sacrée qu'une société se renforce. C'est de la division de ses membres qu'elle s'effondrera.