Gilet Jaune

Ou la révolte de la France des oubliés

 

Le 17 novembre 2018 aura marqué d’une pierre blanche une nouvelle forme d’action. Hors de tout cadre constitué, une frange de la population a décidé de descendre dans la rue, bloquer les routes et les accès aux sones commerciales, alors que se prépare la grève des confiseurs.

Une taxe de trop aura mis le feu aux poudres. Prenant pour prétexte la transition écologique, le gouvernement a créé un impôt supplémentaire sur le gazole. Si la mesure répond dans son principe à la « lutte » contre le dérèglement climatique, c’est une fausse bonne opération.

Elle fait porter sur les plus faibles de notre société le poids d’une fiscalité intolérable. On a d’ores-et-déjà stigmatisé les retraités comme des privilégiés en leur imposant une hausse de la CSG. On stigmatise dorénavant les possesseurs de véhicules diesel [comme de chauffage au fuel d’ailleurs] alors que nos gouvernants n’ont rien fait jusqu’ici pour en limiter la production.

Afin d’inciter les possesseurs de véhicule polluant à passer à la transition écologique, des mesures incitatives ont été prises comme la prime à la transition (ex-prime à la casse). Or, cette incitation est devenue une arnaque, puisque sans en avertir les bénéficiaires, l’Etat en a changé les modalités d’attribution. L’achat d’une voiture propre doit désormais être antérieure à la mise à la casse d’un véhicule ancien, certificat à l’appui. Rien n’indiquait jusque-là cette priorité. Il faudra donc que les personnes s’endettent dans un premier temps pour l’achat d’une nouvelle voiture, tout en maintenant l’assurance sur l’ancienne avant que celle-ci ne soit détruite. Une conclusion s’impose : les caisses doivent être vides et la mesure ne bénéficie plus à ceux qui en ont le plus besoin.

L’arrogance des nantis a pesé également lourd dans la balance. En voulant privilégier les habitants des métropoles par des mesures d’interdiction de circulation des véhicules des « banlieusards », les autorités comme celle de la capitale ont amplifié la fracture entre ceux de Paris et ceux de la périphérie. Leur argument : ceux qui ont quitté la capitale ou les métropoles auraient choisi la qualité de vie. Serait-ce oublier que la spéculation immobilière a vidé les centres-villes de leurs habitants, tout en ne laissant la possibilité de vivre dans les grandes villes qu’à une coterie de privilégiés ou d’investisseurs étrangers ?

Cette arrogance se manifeste également lorsque, en pleine crise des « Gilets Jaunes », l’assemblée nationale de « godillots » rejette des propositions de lois comme celle sur  « l’inclusion des élèves en situation de handicap ».

Au nom de la limitation de la dette publique, sous les fourches caudines de la commission de Bruxelles, l’Etat sacrifie l’ensemble des services publics de proximité, hôpitaux, écoles, postes tout en augmentant les dépenses somptuaires du train de vie de la présidence et des ministères. Lors de la campagne de la présidentielles de 2017, le débat s’était focalisé sur l’affaire Fillon. N’était-ce pas l’arbre qui cachait la forêt des avantages en nature ou en numéraire des élus de la Nation, devenus une véritable cour de nantis aux ordres des lobbies ?

Au soir, des résultats du 2ème tour de la présidentielle de 2017, je subodorais déjà la fracture de la société française. Jamais un scrutin aussi important n’avait connu un tel niveau d’abstention. N’était-ce pas le signe avant-coureur d’une crise profonde entre une France d’en-haut ayant la mainmise sur les médias et une France des oubliés qui ne demandait qu’une meilleure justice sociale.

En n’écoutant pas le grondement de la révolte, l’exécutif risque de nous plonger dans une guerre civile que personne ne souhaite. Ceux qui autour de moi l’on connue savent mieux que quiconque que les séquelles ne seront pas prêtes de disparaitre.

Nous venons de semer les graines de la colère en méprisant une population qui ne demande qu’à vivre décemment.