Arkantz

Romancier et éditorialiste, Carl Eric Arkantz collabore régulièrement à la rédaction de magazines sur Internet, et est régulièrement publié dans la presse francophone.

27 décembre 2007

La terreur a encore parlé...

Mort de Benazir Bhutto

bhutto

No comment... Un grand silence

Les mots sont inutiles... Quand la terreur sème la mort

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18 juin 2007

La guerre des Palestines

Juin 2007 marquera la scission provisoire si ce n’est définitive de la Palestine. Déjà, avec un territoire partagé entre la bande de Gaza à l’ouest avec son accès à la Méditerranée et la Cisjordanie à l’est, complètement enclavée, il était difficile d’imaginer comment la Palestine aurait pu constituer un État viable. On voit mal comment la continuité territoriale aurait pu être appliquée entre ces deux espaces.

L’autre question fondamentale aurait été de définir lequel de ces territoires aurait constitué celui de la métropole et lequel aurait eu le statut de province. Selon toute évidence la bande de Gaza aurait dû devenir cette dernière, la Cisjordanie avec notamment sa proximité avec Jérusalem la métropole. Comme le fut Bonn en son temps pour les Allemands de la République Fédérale, pour nombre de Palestiniens Ramallah n’est qu’une capitale temporaire.

Tous leurs regards convergent vers Jérusalem, la seule ville qui à leurs yeux et par extension à ceux des Arabes et des musulmans est la ville Sainte par excellence. Sacrée, Jérusalem l’est également pour les chrétiens et pour les Israéliens. Israël n’a jamais caché sa volonté de faire de Jérusalem sa propre capitale.

« Celui qui tue par l’épée périra par l’épée. » Cette sentence est on ne peut plus claire. La violence ne génère que la violence. Rien de durable ne se construit par la haine et la destruction. Le Proche et le Moyen-Orient sont continuellement secoués par les guerres depuis des décennies. L’islam a mené sa conquête par le fil de l’épée, détruisant sur son passage des civilisations anciennes. Qui se souvient de Nalanda ? Les Occidentaux, Européens ou Américains, n’ont pas été en reste que ce soit lors des Croisades, de la colonisation du Nouveau Monde ou de celle de l’Afrique, de l’interventionnisme militaire aux quatre coins de la planète. Tôt ou tard, on en paie le prix.

Après la mort de Yasser Arafat, sa succession s’est avérée difficile pour Mahmoud Abbas en butte à la contestation tant au sein de son parti que parmi les autres factions palestiniennes à commencer par les islamistes du Hamas. Accusé de corruption, le Fatah a perdu beaucoup de sa crédibilité aux yeux de nombreux Palestiniens qui lui ont préféré le discours vertueux des islamistes. C’est ainsi que, grâce à son travail sur le terrain mêlant le social au religieux, le Hamas a pu remporter les dernières élections législatives. Comme pour ces devanciers, ce succès ne lui a pas permis de former un gouvernement stable, puisque le Hamas n’est pas reconnu comme une formation politique par les Etats-Unis, Israël et l’Union européenne ; les deux premiers l’assimilant à une organisation terroriste ; la seconde étant très méfiante à son égard.

La stratégie d’alliance objective entre le Hamas et le Hezbollah libanais, tous deux soutenus par l’Iran, semble ne faire aucun doute. Comme il est certain que la pression exercée sur la population palestinienne par le cycle permanent des tirs de roquettes sur Israël et des représailles immédiates de Tsahal ne peut favoriser l’émergence de partis modérés dans les territoires « autonomes » palestiniens, crise économique grave oblige.

Aujourd’hui, la Palestine est coupée en deux. Avec le Hamas qui a conquis par la force la bande de Gaza, désormais isolée du monde par un blocus terrestre et maritime, une probable catastrophe humanitaire pour la population, tenue en otage par l’intransigeance des uns comme des autres, menace. De l’autre côté, le Fatah retranché en Cisjordanie s’évertue à représenter une légitimité palestinienne internationale.

Quitte à me répéter, il faut nous méfier des images. Les Palestiniens qu’on nous présente continuellement sur nos écrans nous font penser à un peuple déguenillé, pauvre et sans instruction. La réalité est toute autre. Lors de l’indépendance du Koweït en 1961, ce pays ne disposait d’aucune élite capable de faire fonctionner un État moderne. C’est donc parmi l’élite palestinienne qu’ont été recrutés les cadres dirigeants autour de la monarchie bédouine. Ces Palestiniens disposaient d’une éducation britannique poussée, de qualités professionnelles remarquables. Aujourd’hui nombre d’entre eux occupent de hautes fonctions partout dans le monde. Ingénieurs, chercheurs, professeurs, médecins, avocats, journalistes ou financiers, ils figurent parmi l’élite arabe, parfois même parmi l’élite de l’élite.

À ce jour, le peuple palestinien paie les erreurs de ses dirigeants politiques, les pots cassés de la géopolitique occidentale et arabe, du conflit régional israélo-arabe, de l’islamisme violent entretenu par l’Iran, de la dérive terroriste exacerbée par la guerre d’Irak qui loin de régler le problème de l’après Saddam Hussein a amplifié le mouvement de dislocation des États de la région. Ce que paie le peuple palestinien, le peuple israélien le paie de la même manière par l’insécurité constante dont il est victime. Et le peuple libanais en fait également les frais, coincé entre les contradictions des intérêts divergents tant de ses voisins que de ses partis politiques et une guerre civile permanente ouverte ou larvée.

Il faudra bien que cela cesse un jour !

Carl E. Arkantz

18 juin 2007

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05 juin 2007

Fatalité orientale

Le Liban est encore une fois sur le fil du rasoir.  Le 21 novembre 2006, l’assassinat de Pierre Gemayel avait relancé la coalition anti-syrienne du 14 mars. En réponse, le Hezbollah et les chrétiens du général Aoun organisaient un vaste sit-in avec des tentes sous les fenêtres du Sérail, le siège du gouvernement libanais afin de réclamer la démission du Premier ministre Fouad Siniora. Hasard ou coïncidence, ce 21 novembre, le Conseil de Sécurité des Nations Unies donnait son feu vert pour la création d'un tribunal international chargé de juger les assassins présumés de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, tué à Beyrouth, lors d'un attentat terroriste, le 14 février 2005. Le parlement libanais devait ratifier ce projet. Or, au sein de ce parlement, les factions pro-syriennes ne veulent pas entendre parler d’un quelconque tribunal, puisqu’il mettrait en cause Damas, comme l’a démontré le rapport de la mission d’enquête de l’ONU, même si rien ne semble fiable.

L’imbroglio proche et moyen oriental, lié au conflit israélo-arabe, se double désormais de la variable irakienne. Variable car dans cette équation, l’Irak est devenu le creuset de tous les terrorismes. L’invasion américaine, présentée comme une guerre de libération, si elle a mis à bas le régime dictatorial de Saddam Hussein, n’a en rien réglé le problème régional. Comme beaucoup de pays multiconfessionnels de la région, si l’on considère tant les ethnies que les mouvances religieuses, l’Irak menaçait d’implosion. Le totalitarisme d’un clan sunnite avait réussi à maintenir une cohésion forcée au prix d’une guerre régionale avec l’Iran, voulue et soutenue par l’Occident et l’Union soviétique, et des exactions régulières allant jusqu’aux massacres à l’intérieur du pays. En supprimant ce régime par la force sans lui proposer une réelle alternative, les État-Unis et leurs alliés ont réalisé le véritable tour de force d’une déstabilisation régionale dont personne ne peut prédire l’issue.

Ainsi, ils ont permis, incidemment à moins que ce ne soit à dessein, aux chiites jusqu’alors brimés d’affirmer leurs revendications territoriales, poussés par leur tuteur iranien. Cette menace chiite n’est pas du goût de l’Arabie saoudite et des monarchies du Golfe, ni même de la Syrie ou de la Jordanie. L’heure de la revanche n’a-t-elle pas sonnée entre les frères musulmans ?

Au Liban, la guerre menée par Israël en représailles contre le Hezbollah, durant l’été 2006, a non seulement affaibli le pays du Cèdre et son gouvernement, détruit des années de reconstruction, mais a légitimé le Hezbollah lui même, qui se gargarisant d’une victoire sur l’État hébreu met à mal le Liban. D’autant que le Hezbollah, rejoint par le général Aoun, s’affiche comme un des meilleurs soutiens de Damas dans la région.

Depuis une semaine, l’armée libanaise livre un combat meurtrier contre un groupe extrémiste sunnite, Fatah al-Islam, retranché dans le camp de réfugiés palestinien de Nahr-al-Bared, près de Tripoli, dans le nord du pays. Fatah al-Islam a commencé à faire parler de lui, dès le 26 novembre 2006. Mouvement islamiste qui serait officiellement né d’une scission du Fatah-Intifada, il a pour but avoué de « combattre les Juifs en Palestine » et de « défendre les sunnites contre leurs ennemis ». Si tel est le cas que vient-il faire au Liban ? S’il doit défendre les sunnites, pourquoi ne va-t-il pas en découdre avec le Hezbollah ? Il n’est pas étonnant que c’est à la veille de l’annonce de la présentation du projet de tribunal spécial au Conseil de Sécurité des Nations-Unies que ce groupe terroriste fasse parler de lui avec un discours ressemblant étonnamment à celui d’al-Qaïda. De même, trois bombes ont explosé, deux dans Beyrouth, la première dans le quartier chrétien, la seconde dans le quartier musulman, la troisième dans la ville druze d’Aley. Des combats au nord, des bombes dans le centre du Liban, des militants de Fatah al-Islam qui auraient transité par la Syrie, laquelle à fermé ses frontières, tout semble encore accuser Damas. Et si Fatah al-Islam n’était pas lié à la Syrie, mais serait une de ces nébuleuses, financées par l’Arabie saoudite comme de nombreux mouvements salafistes ? Il semblerait que les militants du Fatah al-Islam n’aient d’ailleurs pas de problèmes d’argent selon certains témoins.

Certains ne manqueront pas de voir dans cette affaire le doigt de Washington. Comment expliquer en effet que le gouvernement libanais se soit prioritairement tourné vers les Etats-Unis, et que ceux-ci aient « offert » des équipements militaires à l’armée libanaise.

On pourrait également sourire aux propos du chef de Fatah al-Islam, Chaker al-Absi (s’il s’agit bien de lui) interviewé au téléphone par les journalistes de France Télévision sur le « miracle irakien ». Nous ne devons pas avoir la même interprétation de la notion de miracle. À moins qu’on ne considère le chaos et la destruction systématique de victimes innocentes, majoritairement arabes, d’attentats pratiquement quotidiens comme une opération divine.

On pourrait en rire. C’est pourtant triste à pleurer. D’autant que Fatah al-Islam menace de « brûler le Liban ». Au cynisme des uns répond le cynisme des autres. Le cynisme des pourvoyeurs de fonds et des apprentis sorciers comme celui des tueurs patentés, quelle que soit l’étiquette dont ils s’affublent, ne grandit ni ne grandira l’Humanité.

Carl E. ARKANTZ

www.arkantz.com 

28 mai 2007

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