Arkantz

Romancier et éditorialiste, Carl Eric Arkantz collabore régulièrement à la rédaction de magazines sur Internet, et est régulièrement publié dans la presse francophone.

23 juin 2008

Mobilisation pour Ragip Zarakolu !

Il faut se mobiliser pour Ragip Zarakolu !


Le 17 juin 2008 :

Au titre de l'article 301 du Code pénal, un tribunal d’Istanbul a condamné à 5 mois de prison l'éditeur Ragip Zarakolu pour "outrage aux institutions de la République turque" parce qu'il a publié une traduction turque de "The Truth Will Set Free" (La Vérité nous libérera) de l’auteur britannique George Jerjian. Un livre qui évoque les massacres des Arméniens en 1915.

À ce jour, mes pensées vont également vers Aiché Nour, son épouse aujourd'hui décédée qui affronta l'ire de la justice turque et séjournant plusieurs fois en prison - en argot "au ballon".

Et puisqu'il nous faut conclure en matière de ballon, continuons à écouter nos "charmants" commentateurs sportifs se gargariser des "exploits" du onze turc à l'Euro, alors que de courageux démocrates turcs risquent pendant le même temps leur vie au quotidien.

Bien littérairement.

Carl E. ARKANTZ

Posté par arkantz à 20:01 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 avril 2008

Les jeux n'ont plus la flamme

Aujourd'hui 7 avril 2008, la flamme olympique passait par Paris.

Après son parcours chaotique à Londres, et les manifestations qui ont émaillé le relais, les autorités parisiennes se préparaient au pire. Et il faut bien dire qu’avec un service de sécurité digne d’un chef d’État, la flamme, symbole de la fraternité olympique était sous haute surveillance.

Des multiples mises en sûreté à l’extinction du flambeau, du chahut aux sifflements tant du public frustré que des manifestants pro-tibétains ou les militants des Droits de l’Homme, on oubliera les manifestations de joie des Chinois agitant le drapeau national.

Que peut-on retenir que cette image d’un Stéphane Diagana manquant de se faire bousculer juste quinze mètres après avoir quitté la Tour Eiffel ou de David Douillet empêché d’avancer par les agents de sécurité chinois, inquiets, prêts à lui reprendre la flamme pour la planquer dans un bus.

Triste spectacle !

On se souvient du boycott des Jeux de Moscou en 1980 pour cause d’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques. Que les Chinois massacrent au Tibet n’empêche pas les dirigeants des pays dits démocratiques d’envisager de participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin. En 1936, leurs prédécesseurs ne s’étaient-ils pas gênés de se montrer aux côtés d’un certain Hitler.

Plus de vingt ans après les Jeux de Moscou, la situation en Afghanistan n’est toujours pas stabilisée, et la défaite des soviétiques a fait le lit des talibans, une bien sinistre engeance. Les Chinois, quant à eux, ne sont guère plus respectables. J’entends encore un chroniqueur rappeler que la Chine n’a dans son histoire jamais été un pays conquérant contrairement au Tibet. Cela donne-t-il à la Chine le droit de rattraper le temps perdu, et de se muer en tortionnaire. Son passé d’envahisseur impose-t-il au Tibet d’être puni à retardement. Voilà bien des raccourcis stupides.

Les Jeux sont tous les quatre ans un moment de fraternité entre des athlètes qui les préparent et les attendent avec la volonté de se dépasser.

Qu’en 2001, le CIO ait accepté la candidature de la Chine a été une erreur. Que peut-on espérer d’un État qui, outre les exactions au Tibet et son soutien aux dictatures africaines, mène contre sa propre population une politique répressive, assassine ses militants des Droits de l’Homme et facture la balle qui les a tué à leur famille.

Quand la Chine s’éveillera-t-elle ?

Arkantz

Posté par arkantz à 19:14 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mars 2008

Je suis un Juif Tibétain…

Émeutes à Lhassa. Le Tibet se réveillerait-il ? Certains crieront à la manipulation. Les mêmes sans doute qui cherchaient à stigmatiser l’opposition birmane en 2007. Birmanie, Tibet ont un point commun, la Chine. L’Empire du Milieu fort de son arrogance, du moins celle de ses élites qui bafouent les droits de l’Homme sans pour autant s’attirer la vindicte des Nations dites civilisées. Qu’est ce donc que la notion de civilisation ? Un modèle qu’on veut imposer de force au monde ? Un mode de vie ? Une pensée unique ? Un moule que l’on voudrait reproduire à l’envi ? Ou tout simplement le respect de l’autre.

Les intérêts économiques ne sont pas loin. Comment ne pas souligner la coïncidence du déclassement de la Chine en pays autoritaire par les États-Unis qui la sortent de leur liste noire des Droits de l’Homme, alors que la répression chinoise s’intensifie au Tibet. Pied de nez des Chinois au code de « bonne conduite » de Washington ? Test grandeur nature de la « bonne volonté » chinoise battu en brèche par la réaction des autorités de Pékin face au « soulèvement » des opposants tibétains. Que penser de la réception en grandes pompes au Congrès le 17 octobre 2007 du Dalaï Lama qui s’est vu remettre la médaille d’or de ce même Congrès en présence du Président Bush, et du mutisme des autorités américaines aux souffrances actuelles de ce même Tibet. Comment appeler autrement que par mutisme des appels à la mesure ou à la retenue

Lassé de tant d’hypocrisie… Lhassa me laisse un goût amer… Celui de la trahison !



Carl E. Arkantz

Posté par arkantz à 01:14 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mars 2008

Oscar de la mauvaise foi

Cotillard

Dans une démocratie, la liberté d’opinion doit être garantie et ne peut être contestée sauf si elle est contraire à l’ordre public. Les États-Unis revendiquent le titre de démocratie. Il est cependant certaines « vérités » qu’on ne peut pas mettre en doute, a fortiori lorsqu’on n’est pas Américain. La presse britannique titrait que la cérémonie des Oscars avait été boudée par les téléspectateurs américains au motif que le palmarès n’aurait pas récompensé les « valeurs nationales », notamment pour le prix d’interprétation féminine qui est revenu à Marion Cotillard pour son rôle d’Edith Piaf dans la Vie en Rose (La Môme) d’Olivier Dahan.

Comme pour confirmer cette « bouderie », les journalistes américains revenant sur des propos qu’aurait tenus l’actrice sur le 11 Septembre en concluent que, si lesdits propos avaient été connus par le Jury, Marion Cotillard n’aurait pas obtenu l’Oscar. Que juge-t-on ? Le talent d’une actrice dans un film ou son opinion personnelle rapportée dans la presse.

Quel est l’objet du délit ? L’actrice française aurait émis des doutes sur le 11 Septembre, et plus particulièrement sur l’effondrement rapide des tours du World Trade Center. Elle ne fait que reprendre un des arguments que beaucoup, y compris aux États-Unis, avancent. Conteste-t-elle la réalité du 11 Septembre ? Non ! Elle ne s’interrogerait que sur un des aspects de la destruction des tours. N’a-t-on donc pas le droit de s’interroger ?

Pour justifier la guerre en Irak, l’administration Bush a monté de toutes pièces sa théorie des armes de destruction massive, et ce jusque dans l’enceinte des Nations-Unies où le démonstrateur Colin Powell, réduit à un rôle de clown sinistre avec accessoires à l’appui effraya son auditoire en agitant la menace de la guerre chimique. Ce mensonge, puisque c’en était un, servit de prétexte à cette guerre absurde et meurtrière ; il entraîna dans son sillage nombre de dirigeants complices ou patentés à coups d’investissements en dollars dans leurs pays respectifs.

À trop crier au loup, l’administration Bush, à commencer par son chef s’est discréditée. Alors pourquoi n’aurait-on pas le droit d’émettre des doutes sur le 11 septembre, si la guerre en Irak s’est construite sur un subterfuge ?

Le 11 Septembre ne révélera peut-être pas tous ses secrets. Il serait pourtant sain que la Vérité éclate au grand jour. La seule vérité que nous puissions admettre est la réalité de la destruction. La seule vérité que nous pouvons admettre est le deuil des centaines de familles qui ont perdu l’un des leurs dans cette effroyable tragédie. La seule vérité que l’on puisse admettre est que le responsable pointé du doigt est un certain Oussama Ben Laden.

Après plus de six, la seule vérité que nous pouvons hélas admettre est que ni ce présumé responsable, ni sa clique n’ont été mis hors d’état de nuire ; que l’Afghanistan qui leur servait de base est loin d’avoir retrouvé la paix et la sécurité, car ce n’est ni le gouvernement-lige d’Hamid Karzaï, ni les Talibans qui ne peuvent les garantir ; que le Pakistan est en proie au terrorisme et à la dictature de Pervez Moucharaff ; que l’Irak continue à compter ses morts, hier lors d’attentats sanglants, aujourd’hui suite aux raids de l’armée turque sur le Kurdistan irakien sous prétexte d’éradiquer le terrorisme du PKK – la question kurde remonte à 1915 !

S’il est une catégorie à inventer pour les Oscars, ce serait celui de la mauvaise foi qui reviendrait au Président Bush et son administration. Malheureusement, les dommages collatéraux que ces derniers provoquent sont bien plus graves que les quelques confidences d’une actrice française.

Carl E. ARKANTZ

Le 4 mars 2008

Posté par arkantz à 12:42 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2008

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Les conseillers du Président de la République ont pris l’habitude – plutôt fâcheuse – de s’exprimer bien haut, alors que leur rôle les destinerait à plus de discrétion. La fonction de conseiller n’est-elle pas de conseiller, c’est à dire de souffler, de suggérer et non d’intervenir directement dans le débat.

M. Claude Guéant nous y avait habitués. C’est aujourd’hui au tour de Mme Emmanuelle Mignon, Directrice de Cabinet du Président Sarkozy de faire les choux gras de la polémique. Elle aurait affirmé à un journaliste de VSD, Emmanuel Fansten que « les sectes seraient un non-problème. » Nous connaissions déjà les subtilités du langage édulcoré formé sur les non-ceci ou les non-cela. Je préfère pour ma part appeler un chat un chat, mais pas un non-chien.

En l’occurrence, le propos aurait concerné la Scientologie, cette « église » moderne qui à grands renforts de stars se revêt les atours du religieux pour asseoir sa respectabilité. Qu’est qu’une secte ?

Le mot secte vient du latin secta, de sequi (suivre). Il s’agit donc d’un mouvement dans lequel les adeptes suivent un guide, un message ou un dogme. Le mot secte a donné comme dérivé sectaire, synonyme de partisan zélé, fougueux. Ce zèle se retrouve chez les Zélotes, et leur branche armée les sicaires. Le terme secte ne serait donc pas créé sur la racine latine secta (couper).

Qu’elle prêche le suivisme ou coupe les individus de la société et de leur famille, la secte en tant que groupe religieux ou supposé tel représente une menace pour la liberté individuelle, voire occasionne un trouble à l’ordre public.

Le rapport sur les sectes que semblerait remettre en question la Conseillère du Président de la République n’est pas un catalogue basé sur le ressenti de tel ou tel membre de la commission d’enquête sur les sectes, mais sur de nombreux témoignages de victimes de ces sectes.

Que la Scientologie se soit estimée lésée d’être sur cette liste ne fait pas d’elle cette église dont elle s’affuble de manière éhontée. Ses pratiques de lavages de cerveaux et de manipulations mentales sont loin d’être de la fiction. Je connais trop bien les dégâts causés par ces manœuvres, notamment par une autre « église» tout aussi redoutable que sont les Témoins de Jehova. Ces groupes profitent de la crédulité des individus, de leur faiblesse passagère, de leur attente spirituelle que ne peuvent plus étancher les églises traditionnelles, représentant les grandes religions. Le propre de l’homme est le libre-arbitre, c’est à dire d’avoir la faculté de se décider par soi-même, d’avoir la liberté de choisir et de penser, une réflexion qui ne soit pas contaminée par le dictat du groupe ou de son gourou.

C’est pour cela qu’il faut rester vigilant, même lorsque les sectes se parent des plus beaux yeux du monde.

Carl E. Arkantz

21 février 2008

Posté par arkantz à 11:09 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 février 2008

Génocide... donc je suis

L’histoire des peuples martyres doit-elle se résumer à cette simple équation ? Celle de n’exister que par l’holocauste dont il a été victime. Doit-on résumer sa propre vie à n’être qu’une tombe jamais fermée du fond de laquelle des âmes en furie continuent à demander justice ?

Que l’on soit Arménien, Cambodgien, Juif ou Rwandais, ou même descendant d’esclaves faut-il continuer à vivre dans un passé douloureux parce que dans son présent on reste soumis aux contestations les plus éhontées, aux manipulations les plus sournoises, aux calculs les plus effroyables, et pour couronner le tout à la négation la plus horrible, celle de s’entendre dire que cette tragédie, que ce drame, que ce génocide n’a jamais existé. Et ce parfois avec des arguments des plus provocants pour ne pas dire blessants : « Comment peuvent-ils prétendre avoir été victimes d’un génocide puisqu’ils sont toujours là ? »

Ceux qui avancent de telles affirmations mesurent-ils la portée de leurs mots ? Sont-ils conscients du mal qu’ils provoquent ? Le font-ils sciemment ? Ou par simple ignorance, si ce n‘est de la bêtise ?

Ces agressions perpétuelles ne font que contribuer à enfermer ceux qui en sont les victimes dans ce cercle vicieux de la morbidité comme source de leur existence. Si la liberté d’expression est sacrée, et reconnue par là-même comme une liberté fondamentale, ne doit elle pas respecter la dignité de l’autre. Ce débat a déjà eu lieu à propos de caricatures qui ont exacerbé le ressentiment d’une population qui s’est sentie agressée. Il ne s’agissait que de dessins de fort mauvais goût. Et leur impact a dépassé, et de loin, les intentions de leurs auteurs. Ignorance ou calcul, on ne le saura jamais. Il est néanmoins dommage que les opinions publiques concernées (et les autres) ne s’insurgent pas autant contre des drames humains, des meurtres de masse, des attentats aveugles et des répressions sanglantes. Y-aurait-il une gradation du tolérable ? Ce à quoi on pourrait se demander s’il existe une échelle de valeur de la souffrance. Chaque souffrance est unique, intolérable et condamnable. Le déni de quelque souffrance que ce soit est également intolérable et condamnable.

Lorsqu’on entend des historiens dire, au nom de la liberté, qu’il ne faut pas pénaliser le déni de génocide ou le déni d’esclavagisme, n’est-ce pas réserver le débat à une seule corporation. Que signifie être un historien ? Un historien est celui qui étudie, analyse et rend compte des faits au vu des documents ou des témoignages qu’il a à sa disposition. En fait, qui décide de qui est historien et de qui ne l’est pas ? Au nom de la liberté, doit-on laisser dire ou écrire n’importe quoi, peut-on revenir sur des faits établis, répertoriés, analysés, compilés dans les archives diplomatiques ou nationales, et prétendre que ces faits-là n’ont jamais existé ?

Et enfin, peut-on reprocher à ceux qui ont survécu au drame, à l’horreur et à l’innommable crime qu’est un génocide d’être toujours vivants ?

Carl E. ARKANTZ
Ecrivain
http://www.arkantz.com

Article paru dans :

Le Devoir de Montréal
Emarrakech.info (site des marocains de Belgique)
Le Forum de l‘Express de Toronto

Posté par arkantz à 00:18 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

Hrant Dink... 1 an déjà

Istanbul (Turquie)
Le 19 janvier 2006...

Dink

Hrant Dink, journaliste turc d'origine arménienne était assassiné de trois balles dans la tête devant les locaux de son journal Agos.

Son meurtrier n'a que 17 ans.

dink

Cloué au pilori par la presse nationaliste appelant à son exécution, soumis aux pressions et aux menaces, Hrant Dink avait été inculpé par la justice de son pays pour "insulte à l'identité turque". Il ne bénéficiait d'aucune protection policière.

Défenseur des Droits de l'Homme, partisan du dialogue et du rapprochement entre les Arméniens et les Turcs, il meurt à 52 ans. Si la justice l'a blanchi après sa mort. Elle n'aura pas fait toute la lumière sur son assassinat et ses implications. Son fils Arat sera poursuivi à son tour pour avoir publié les articles de son père.

"Nous sommes tous des Hrant Dink ! Nous sommes tous des Arméniens !" clameront les dizaines de milliers de manifestants le lendemain de sa mort et le jour de ses funérailles.

Le mot "Arménien" est considéré comme une insulte en Turquie.

Hrant Dink figurait sur une liste noire. D'autres défenseurs de la liberté et de la démocratie ou des Droits de l'Homme en Turquie sont aujourd'hui directement menacés.

Il faut plus que jamais rester vigilant.

Carl E. Arkantz

Posté par arkantz à 00:18 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 janvier 2008

Lettre Ouverte à M. Zapatero, Chef du Gouvernement Espagnol

Votre Excellence,

Suite à la visite du Premier Ministre turc M. Erdogan en Espagne, M. Zapatero a réaffirmé le soutien de l’Espagne à l’adhésion de la Turquie à  l’Union Européenne. Je vous prie donc de bien vouloir communiquer cette lettre au chef de votre gouvernement.

Cette position est une véritable insulte à toutes les victimes d’un État qui a érigé en système un négationnisme des plus actifs, des lois liberticides comme l’article 301 du code pénal, le mensonge et l’intolérance.

Il est malheureux de constater que l’Espagne qui a connu une période difficile où les libertés étaient bafouées avec l’exil forcé de bon nombre de ces citoyens soutienne ouvertement un État ouvertement négationniste et ultranationaliste qui ne respecte pas les Droits de l’Homme ni ne veut affronter son propre passé.

Dois-je vous rappeler qu’il y a un an, le journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink était froidement assassiné en pleine rue de trois balles dans la tête ?

Dois-je vous informer que l’historien turc Taner Akçam, après avoir fait l’objet d’une habile campagne de diffamation par des nervis au service de cet État dont vous plaidez la cause, vit actuellement sous la menace d’être exécuté pour ses prises de position ?

Dois-je vous rappeler qu’utilisant l’argument de la lutte contre le terrorisme l’armée turque bombarde des villages kurdes en Irak, sans que la communauté internationale ne s’en émeuve. Rien de nouveau en cela. Sous le régime dictatorial de Saddam Hussein après la première guerre du Golfe, l’armée turque ne se privait pas de raids meurtriers sur le nord de l’Irak, tant il est vrai que l’armée irakienne ne représentait plus un danger pour elle ?

Passons sur les meurtres à caractère religieux, les bombes posées devant les synagogues, et les inculpations régulières d’intellectuels turcs qui de Ragip Zarakolu à Orhan Pamuk n’ont suscité guère de critiques. Car si Orhan Pamuk n’avait pas été prix Nobel de littérature, il est vraisemblable que personne n’en aurait parlé.

Cette amnésie serait-elle la conséquence de la perspective de juteux contrats avec la Turquie ?

D’aucuns affirment que la Turquie n’est pas européenne. Cet argument n’est pas tout à fait juste. Pendant près de trois siècles, l’Empire ottoman qui n’avait qu’un orteil en Europe avec Constantinople y avait posé le pied. Un pied sanglant il va s’en dire. De la Bulgarie aux frontières de l’Autriche-Hongrie, cet Empire a imposé son joug, massacrant et réduisant des villages en esclavage, islamisant des populations entières ; il s’est même permis le luxe d’assiéger Vienne. Les relents de cette occupation se ressentent aujourd’hui dans les Balkans.

Les leçons du passé doivent être comprises. Ceux qui veulent la mort de l’Europe sont favorables à l’entrée de la Turquie. Cela reviendra à faire entrer un loup gris dans la bergerie, à la différence près que ce loup-là y a déjà mis le bout de son museau.

Bien respectueusement.

C.E. Arkantz

Posté par arkantz à 10:27 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2008

Justice, droit des victimes, respect du droit

rachida_dati

Justice, droit des victimes, respect du droit



Les derniers faits divers impliquant des récidivistes ont relancé l’idée de maintenir les criminels les plus dangereux à l’écart de la société. Avec son projet de loi prévoyant de créer des centres fermés pour les pédophiles en fin de peine condamnés à plus de 15 ans de réclusion, la Garde des Sceaux, Rachida Dati vient susciter la contestation, tant du corps judiciaire dans son ensemble, que des syndicats, associations ou des politiques. Certes, la question abordée est bien celle des crimes commis à l’égard des mineurs, qui aux yeux de beaucoup sont les plus odieux. On se souvient de l’affaire Patrick Dills ou de l’emblématique cas de Christian Ranucci ; si le premier a été acquitté après quinze années passées en prison, le second a été condamné à la peine capitale. Or ni dans un dossier, ni dans l’autre la vérité n’aura été clairement établie. Et bien qu’on ne revienne pas sur la chose jugée, il n’en restera pas moins vrai que le doute subsistera. Or le doute profite à l’accusé, qui en droit français est présumé innocent jusqu’à la preuve du contraire.

Par delà la douleur des familles qui ont perdu un être cher, la souffrance de la victime qu’on ne peut qu’imaginer ne doit pas faire oublier que la justice est avant tout humaine donc faillible. Démêler le vrai du faux, sonder les faits tels qu’il se sont passés et non comme le suggère la rumeur, l’opinion demande plus de distance qu’on ne le croit. Me Moro-Giafferi ne disait-il pas : "L'opinion publique, chassez-la, cette intruse, cette prostituée qui tire le juge par la manche..."

Le crime est vieux comme le Monde. En assassinant son frère Abel, Caïn est devenu le premier criminel. Tous les assassins ne sont-ils pas des fils de Caïn ? En chaque homme ne cohabite-t-il pas une part de Caïn comme une part d’Abel ? Ne sommes-nous pas en constant écartèlement entre la raison et l’instinct, le détachement ou l’envie.

La peine de mort est un crime légalisé. Le professeur de Droit pénal Jacques Léauté avait maintes fois soutenu que la peine capitale est loin d’être exemplaire. Certes, elle élimine de la société un criminel, mais elle ne dissuade pas ceux qui seraient tentés de le devenir. De même, si l’on devait appliquer la même rigueur au crime conformément à la loi du Talion, il faudrait condamner à mort plusieurs fois le tueur en série. Or la peine de mort est définitive et unique. Quant à l’acte qu’il est censé punir, il peut être lui multiple. A-t-on le droit en tant que société d’utiliser les mêmes armes que les criminels, à savoir les moyens de donner la mort froidement parce qu’un juge en aura décidé ainsi en appliquant la loi, strictement la loi.

La faillibilité de la justice ne permet pas de soutenir une telle analyse.

Qu’en est-il de la réclusion criminelle ? Toujours selon les criminologues, la prison constitue une mort lente qui sans espoir de libération conditionnelle conduit au désespoir. Or le rôle de la prison est d’amener le criminel ou le délinquant à s’amender afin de retrouver sa place dans la société. Dans la réalité, la prison ne remplit pas cette fonction ; et des délinquants mineurs retombent dans la récidive, forts de l’expérience acquise en cellule au contact de plus aguerris qu’eux. Il ne faut pas oublier non plus que la prison est un espace clos avec ses règles, écrites ou non, ses codes, ses déviances, et surtout un manque total de perspectives.

Prolonger dans ce cas la réclusion au-delà de la peine prononcée en réponse à une dangerosité réelle ou supposée ne résout pas le problème. Qui sera amené à juger du caractère dangereux ou non de la personne ? Ne remet-on pas en cause l’autorité de la chose jugée, en permettant à des médecins, psychiatres ou tout autre spécialiste de se substituer au juge pour maintenir ou non un criminel en prison sa peine étant purgée. On objectera que la mesure concerne des criminels ayant accompagné leur acte d’une particulière barbarie. Soit ! Le crime reste un crime quelle que soit sa cruauté. N’est-ce pas ouvrir une boîte de Pandore en envisageant des extensions possibles ? La mesure pourrait s’appliquer à d’autres criminels, et pas seulement à ceux dont les victimes sont mineures. N’était-ce pas ce que semblait suggérer le reportage du Journal de 20 heures sur France 2 en interviewant M. Schmidt, le père de la jeune femme de 23 ans assassinée à coups de couteau dans le RER D. La dérive, si dérive il y a est déjà du côté des médias avec leurs amalgames, le projet de loi de Rachida Dati ne concernant pas les crimes contre des victimes majeures.

Poser le problème permet d’ébaucher une solution tout en focalisant le débat. En la matière, l’initiative de la Garde des Sceaux est peut-être critiquable, si l’on considère qu’elle est une réponse aux récents faits divers. En cela, elle nous ramène à la critique de Me Moro-Giafferi sur l’opinion publique qui préférait que la justice soit rendue dans une complète sérénité.

C’est avec sérénité, plus qu’avec une nouvelle commission ou des cris de protestation, qu’il sera possible de dégager des solutions équitables qui respectent la justice et ses décisions, les droits des victimes, les droits de l’homme, et cette idée toujours diffuse si ce n’est naïve pour certains que l’homme peut s’amender, fut-il un criminel.

Le 8 janvier 2008

C.E. Arkantz

Posté par arkantz à 14:51 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 janvier 2008

Guerres tribales au Kenya ?

Guerres tribales au Kenya ?

kenya

Après le Pakistan en proie aux violences après l’assassinat de Benazir Bhutto, c’est le Kenya qui sombre dans la crise provoquée par la contestation des résultats aux élections présidentielles et la réélection du Président sortant Mwai Kibaki.

L’incendie d’une église à Eldoret dans laquelle s’étaient réfugiés trente cinq personnes dont des enfants de la tribu des Kikuyus, principale ethnie du pays à laquelle appartient le Président kenyan suscite une polémique entre le gouvernement actuel et les opposants avec des accusations de nettoyage ethnique.

On est bien loin de l’image quelque peu mythique si ce n’est surannée du Kenya de Karen von Blixen-Finecke dont les mémoires ont inspiré le film de Sydney Pollack Out of Africa avec Meryl Streep et Robert Redford ou de celui du Lion de Joseph Kessel.

Nous voilà plongés au cœur de l’horreur.

Au-delà de la régularité du scrutin, les tensions et les violences interethniques qui vont des émeutes aux meurtres collectifs entre les Kikuyus et les Luos, partisans du candidat de l’opposition, Raila Odinga rappellent celles du Rwanda.

Avec la crise humanitaire au Darfour, ce foyer qui embrase aujourd’hui le Kenya est une nouvelle épreuve pour un continent africain suffisamment martyrisé par les guerres, les exodes, les épidémies, et la misère.

Peut-être que cette fois-ci la mobilisation mondiale sera plus efficace que pour le Darfour ou le Rwanda. Le Kenya n’est-il pas une de ces destinations favorites des amateurs de safaris venus d’Europe ou d’Amérique ?

Posté par arkantz à 14:04 - Chroniques... Echos... Impressions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »