Arkantz

Romancier et éditorialiste, Carl Eric Arkantz collabore régulièrement à la rédaction de magazines sur Internet, et est régulièrement publié dans la presse francophone.

27 décembre 2007

La terreur a encore parlé...

Mort de Benazir Bhutto

bhutto

No comment... Un grand silence

Les mots sont inutiles... Quand la terreur sème la mort

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26 décembre 2007

Du Patriotisme...

Du Général de Gaulle à Romain Gary

« Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres. »
Charles de Gaulle

« Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine des autres. »
Romain Gary


La lettre de l'exilé

Qui suis-je ? Un Africain du Darfour, du Rwanda… Un Asiatique, Birman, Cambodgien, Tibétain… Un Apatride… Arménien… Un Européen… Juif ou un Sud-Américain… Je suis d’ici ou d’ailleurs, du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest. Qu’importe !

J'ai toujours aimé mon pays, c'est la haine de l'autre envers moi, la guerre, la faim et la misère qui m'en ont chassé. Puis-je baiser la main de celui qui a tué ma sœur, mon frère, affamé ma mère, mon père, torturé ma fille, mon fils ?

J'ai quitté ma maison pour m'exiler sur une autre terre, une terre de tolérance où on ne faisait aucune différence entre les hommes, du moins je l'espérais. Les souvenirs du passé ne m'ont point abandonné, j'ai pourtant regardé vers l'avenir, en plongeant mes yeux dans ceux de mes enfants.

Aujourd’hui, je ne puis oublier ma tragédie tant qu’on réfute mon cauchemar, tant que les assassins impunis continuent à être honorés comme des héros, tant que leurs descendants et leurs amis me poursuivront anonymement de leur haine et de leur nationalisme violent.

J’encaisserai encore et encore leurs sarcasmes et leur ironie. Je ferai front contre leur ignorance, savamment entretenue. Je défendrai le juste contre l’arrogant, le bon contre le voyou, l’apôtre contre le tyran. Et je leur tendrai la main.

Que la Paix soit avec vous.




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22 décembre 2007

Histoire du Juif Errant

Histoire du Juif Errant

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Prisonnier du temps, il est libre dans l’espace

Le temps est sa prison puisque le Fils du Très Haut l’a condamné à l’immortalité, et le monde est son royaume depuis qu’il occupe son éternité à le parcourir. Telle est l’histoire du Juif errant qui sous la plume de Jean d’Ormesson, un autre immortel, a des accents jubilatoires. Jubilatoire, la verve de ce conteur au regard pétillant de malice nous emporte à la rencontre de l’Histoire, la grande évidemment, vue et vécue par Simon Laquedem, le Juif errant. C’est à Venise, à la Douane de Mer, que ce curieux personnage sans âge aborde le narrateur et Marie qu’il surnomme Madeleine, son amie (à défaut d’être sa petite amie comme il le désirerait). Or c’est également pour les yeux d’une autre Marie-Madeleine, celle des Evangiles, qu’Ahasvérus alias Laquedem, le cordonnier ne peut plus mourir. Sa jalousie et son manque de charité envers un certain Jésus lui ont valu cette peine capitale.

Dès lors, il erre. De vols en rapines avec Barrabas, à la couche de la séduisante Poppée, de l’incendie de Rome au suicide collectif des Juifs à Massada, de la compagnie de Saint-François à celle de Christophe Colomb cinglant vers le nouveau Monde, de la Chine à l’Andalousie, de Byzance en Espagne, de Paris à Moscou, il aura tout connu. Tour à tour conseiller, traducteur, interprète, cartographe, jardinier, courrier impérial, confident des plus grands, princes, rois, philosophes, penseurs, écrivains, amant des femmes les plus belles, il changera de nom et d’identité au fil du temps.

Affabulateur de génie ou réel témoin des soubresauts de l’histoire humaine depuis plus de 2000 ans, ce Simon-là captive ses jeunes interlocuteurs au gré de leurs rencontres, notamment Marie. L’histoire du Juif errant est plus qu’un conte, si ce n’est un conte philosophique. Ce n’est pas non plus une simple histoire, mais un moment intense entre un auteur et son lecteur, envoûté tout autant par le récit que la qualité de l’écriture de notre Immortel Académicien. D’un Laquedem à l’autre, d’Isaac à Simon, de Dumas à D’Ormesson, l’histoire du Juif errant ne s’arrêtera que lorsque Christ prononcera ces paroles de salut : " Couche-toi et ne marche plus ".


ormesson

Histoire du Juif errant
Jean d’Ormesson
Gallimard
621 pages
ISBN : 2070385787

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21 décembre 2007

Noël en Alsace

Noël en Alsace...

marche

......entre histoires et enchantements

Un univers de mythes et de légendes

La période de Noël est une des fêtes les plus célébrées au monde. Elle a su conserver en Alsace son âme profonde d'espoir et de réjouissance, à l'approche de la célébration de la Nativité. C'est aussi le renouveau que l'on fête pour le solstice d'hiver.

Un univers de mythes et de légendes, de rites et de traditions, de senteurs et de saveurs se révèle pour le plaisir des petits comme des grands. La région toute entière s'active dans une atmosphère festive où se mêle l'enchantement. Du jour de la Sainte Catherine, le 25 novembre, à celui de Noël, le 25 décembre, une effervescence particulière se crée pendant les quatre semaines qui précèdent la Nativité, c'est le temps de l'Avent, et se terminent le 6 janvier à l'Épiphanie.

Faire partager cet esprit de Noël préservé, cultivé dans la joie des préparatifs où le quotidien retrouve l'empreinte des traditions, tel est le bonheur de l'Alsace, notamment avec ses célèbres marchés de Noël.

Mystère ou tradition…

Le Hans Trapp, parfois appelé Rüpeltz car il était couvert de peaux de bêtes, c'est l'authentique ancêtre du Père Noël. Son histoire remonte à la fin du Moyen-Age. À cette période, le seigneur Hans Von Drodt terrorisait Wissembourg depuis son nid d'aigle du Berwarstein voisin. Il laissa un tel souvenir qu'il devint l 'épouvantail mythique chargé d'effrayer les enfants qui n'étaient pas sages.

Les crèches de Noël, ces personnages qui représentent la Nativité, remontent au 13ème siècle, à l'époque de Saint François. Pour leur réalisation, on utilise des matériaux traditionnels comme le bois, l'argile et la terre cuite ou le grès au sel, du carton découpé et colorié.

La légende du " Christkindel ".

À la fin du 16ème siècle, la Réforme veut remplacer Saint Nicolas, trouvant sa célébration trop païenne pour le remplacer par le " Christkindel " , " l'Enfant-Jésus " qui doit rappeler le don de Dieu fait aux hommes.

La tradition évoluera au fil des siècles, gommant ce pieux changement.
À partir du 19ème siècle, le " Christkindel " est représenté sous les traits d'une jeune femme voilée, vêtue de blanc, la tête parée d'une couronne dorée ou ornée de bougies.

Elle gâtait les enfants sages avec à ses côté le terrible Hans Trapp continuant à jouer le rôle du Père Fouettard.

christkindel

Survivance d'une figure féminine, le " Christkindel " incarne-t-il la fertilité, ou s'agit-il d'une forme dérivée de Sainte Lucie, à l'honneur dans les pays scandinaves.

Pas de Noël… sans sapin !

À l'époque des Celtes, chaque mois lunaire était associé à un arbre. Pour le 24 décembre, le jour qu'ils considéraient comme la renaissance du Soleil, l'arbre en question était l'épicéa, "l'arbre de l'enfantement".

Une autre légende parle d'un miracle, au 7ème siècle, Saint Boniface voulant convaincre des druides que le chêne n'était pas un arbre sacré, en fit abattre un qui dans sa chute détruisit tout sur son passage hormis un jeune sapin. Profitant de la circonstance, le Saint déclara le sapin, arbre de l'Enfant-Jésus.

Mais la première mention d'un arbre de Noël ne fut faite qu'en 1521, en Alsace. Garni de pommes qui rappellent les fruits de la Tentation et d'Hosties qui figurent les fruits de la Rédemption, il est placé dans le chœur des églises.

Au 17ème siècle, le sapin s'enrichit de décorations, angelots et étoiles en papier, puis des images brillantes, découpées collées sur des sujets en sucre ou en chocolat. Enfin, on recouvre des noix de " papier chocolat ".

Avec la perte de l'Alsace et de la Lorraine en 1870, la France qui connaissait la coutume alsacienne de l'Arbre de Noël sans pour autant la pratiquer, adopta ce symbole pour montrer aux Alsaciens qu'elle ne les oubliait pas.

Nous remercions Tourisme-Alsace pour la fourniture des informations.

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Bonnes Fêtes

deco_1 Bonnes Fêtes de fin d'année... deco_1

dec

deco_2  Et meilleurs vœux pour 2008. deco_2

Bien littérairement vôtre,

Carl E. Arkantz deco_2

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16 décembre 2007

The story ...of the Dijon mustard

The story...

moutarde

...of the Dijon mustard

It is not quite as ancient as the world, but it has been part of the oldest Mediterranean cultures. For the Egyptians, Greeks and Romans mustard enhanced the flavors in food and enflamed the senses. The Greeks and the Romans called it Sinapsis. They used to grind and add the grains to food.

Originating in the Mediterranean basin, this herbaceous plant with bright green leaves and vibrant yellow petals, produces fruits containing several grains of mustard. The grains of wild mustard or black mustard, sinapis nigra, are ground and mixed with vinegar, grape must, wine or aromatic plants to make the dietary mustard. The word Mustard has its origins in the Latin "Mustum Ardens" which means burning grape must, because the Romans diluted the ground mustard grains in grape must. The grape must is the grape juice that has not been fermented yet, and which gives quite a spiced up flavor to mustard. In the Celt language it was known as Mwstardd, in England it became Mustard and in Norway Mustardhr whereas in Italy they kept the Latin word Sinapis.

Mustard is not quite as ancient as the world

In the first century AD it was found on every Roman table. Apicius even created mustard-based sauces to serve with certain dishes. Mustard was introduced in France when the Romans invaded Gaul. It was adopted easily as wine, vinegar and mustard got along very well.

Manuscripts exist from those days where the words Mustum, Mustardum and Mustarum appear, replacing the word Sinapis, as they substituted a new wine called Mustum to dilute the mustard, whereas the Romans used to use vinegar Acetum.

Mustard was also one of the earliest products to be used in medicine. Pythagoras praised it as an antidote to scorpion bites. Later, war wounds were treated with it. It was even believed that mustard protected against yellow fever epidemics.

In the 9th century Charlemagne recommended growing the spice in all of his estates. In the 17th century it was distributed to the poor of Dijon to protect them against chilblains (inflamed hands and feet as a result of the cold). Today mustard seeds are used in many preparations of preventive and natural medicine.

The 3 glorious dedicacies of Dijon...

Thriving in sunny conditions, the plant multiplies very quickly and is harvested hardly 2 months after dissemination. Ideal to restore the fertility of the ground, as its cultivation allows the soil to rest temporarily.

Of the forty different species of mustard, the most common are the Black mustard, the White, the Brown and the Dijon-Burgundy ones.

With Cream of Cassis and gingerbread, mustard is reputed to be one of the 3 glorious delicacies of Dijon.

Burgundy's chalky and densely wooded soil, rich in potassium and carbon has made possible the harvest of strong and piquant mustard seeds.

With the well earned reputation of fine gourmets, and the gastronomic knowledge and experience, the people of Burgundy were capable of making a condiment that soon became inseparably associated with the city of Dijon: the Dijon mustard.

vinaigrier
A vinegar maker

The best Dijon mustard was the one that was ground with verjuice grape, which is a grape that is a little ripe and is more acidic. Already famous during the 13th century, Dijon mustard was sent to the provinces, dry or in flakes, and it was the user who use to dilute it with vinegar. This way it was able to conserve it for many years. It was in the 17th century that Dijon started to sell liquid mustard like the also renown Angers mustard.

Always present on the tables...

The name Moutarde de Dijon is reserved to mustards in paste made by sifted and sieved products. Always present on the tables of the Dukes of Burgundy, many barrels were regularly sent to the court of French kings, such as Louis XIV who never went anywhere without his mustard pot.

In the 18th century the mustard range was much wider than it is now.

There were lists of types of mustard, such as mustard powder, red mustard, fine mustard with anchovies and câpres, garlic mustard, lemon mustard, à la grecque, à la marquise, à la reine, with truffles, champagne mustard, rose mustard, and the list goes on and on…

brune
Brown mustard

They also started using vinegar to dilute the seeds and that's why mustard making was adopted in Orléans too, as Orléans was a major producer of vinegar.

Many producers made both vinegar and mustard. Excellent mustards were also made in Bordeaux and many other towns of France.

Today, mustard is a condiment that is made and used all over the world, in many different ways and in many different recipes.

Authentic Dijon-style mustard however, must follow the original recipe established in Dijon.


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White mustard

Some sayings...

To end it on a more spiritual note with mustard in general, here are a couple of sayings on the mustard seed:

« The kingdom of heaven is like a mustard seed that someone took and sowed in his field ; it is the smallest of all the seeds, but when it has grown it is the greatest of shrubs and becomes a tree, so that the birds of the air come and make nests in its branches.»

The Holly Bible.

« If you have faith the size of a mustard seed, you will say to this mountain, "Move from here to there," and it will move; and nothing will be impossible for you. »

The Holly Bible.

« He who has in his heart as much faith as a grain of mustard seed will not enter hell, and he who has in his heart as much pride as a grain of mustard seed will not enter paradise. »

(Sayings of Muhammad)

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14 décembre 2007

La petite histoire de la moutarde

La petite histoire...

moutarde

De la moutarde de Dijon

Plante herbacée annuelle originaire du bassin méditerranéen, la moutarde fait partie de la famille des Brassicacées (crucifères). Également connue des Chinois depuis plus de 3 000 ans, cette plante aux pétales d'un jaune vif peut atteindre, pour certaines variétés, 2 mètres. Ses feuilles sont d'un vert vif. Son fruit (silique) contient, dans son enveloppe, quelques graines de moutarde.

La moutarde aime les endroits ensoleillés. Elle se multiplie très rapidement. Ses graines sont semées en avril, mai, et récoltées environ deux mois après. Son poids varie selon les récoltes de 2,6 à 3,1 mg.

La culture de la moutarde aide temporairement à faire reposer la terre afin de permettre la reconstitution de la fertilité du sol. Souvent elle prend la place d'un champ de blé dur qui a été ensemencé pendant deux ans de suite. Le lin, le millet, le colza, eux aussi, se cultivent dans ces terres dites de jachère.

Connue depuis l'antiquité

Pour faire de la moutarde alimentaire, on emploie généralement des grains de sénevé ordinaire ou moutarde noire, sinapis nigra, que l'on broie et qu'on incorpore à du vinaigre, du moût, du vin ou, des plantes aromatiques. C'est pourquoi la moutarde s'appela d'abord sénevé.

On assure que les Grecs faisaient remonter la découverte de la moutarde au père de la médecine lui-même, Esculape, ce qui parle singulièrement en faveur de ses qualités digestives. Les Hébreux l'utilisaient déjà dans leur alimentation.

Les Égyptiens, qui l'ont toujours connue, lui attribuaient de précieuses vertus. Dans l'Écriture Sainte et les plus anciens auteurs, il est fait mention de la moutarde.

Chez les Romains et chez les Grecs, on l'appelait sinapis.

Plante

On broyait la graine et on la mêlait aux aliments. Aristophane parle de ragoûts à la farine de moutarde, sinapis.

La vigne et la moutarde... Une question de bon ménage

Ce sont vraisemblablement les Romains qui importèrent dans les Gaules l'usage de la moutarde de table. Elle s'y adapta facilement : la vigne, mère du vin et grand-mère du vinaigre et la moutarde firent bon ménage. Les graines de moutarde poussaient naturellement en abondance. C'est à ce moment là que dans les manuscrits apparaissent les mots Mustum, Mustardum, Mustarum afin de remplacer le mot Sinapsis.

Pourquoi ? Parce que le vin nouveau, Mustum, venait de se substituer partout au vinaigre, Acetum, seul utilisé chez les Romains, pour délayer la moutarde.

Le mot «Moutarde» viendrait du latin Mustum Ardens qui signifie moût brûlant parce que les Romains délayaient les graines de moutarde broyées dans du moût de raisin, soit du jus de raisin non fermenté qui donnait une moutarde bien relevée. En langage celtique - Mwstardd - la signification touche davantage sa forte odeur.

Le mot s'est transformé en mustard en Angleterre et mustardhr en Norvège. Quand à l'Italie, elle conserve le nom latin de sinapis.

« Il n'est moustarde que à Dijon »

De vieux auteurs, comme Tabourot, qui publia ses Bigarrures en 1582, accordent au mot moutarde une étymologie flatteuse pour le courage des Dijonnais.

En 1382, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, voulant soumettre les Gantois révoltés, alla mettre le siège devant leur ville avec son neveu Charles VI, roi de France qui devait devenir fou. Dijon fournit mille hommes d'armes, à son souverain. Pour lui marquer sa gratitude, le Duc accorda à la ville divers privilèges et, particulièrement, celui de porter ses armes avec sa devise : Moult me tarde.

On grava armes et devise sur la plus belle porte, et le « me» se trouva placé en dessous des deux autres mots, de sorte que tout le monde lut moult tarde.

Malheureusement, la moutarde de Dijon était déjà célébrée trois ou quatre siècles avant que Tabourot propageât cette facétie. L'étymologie est donc sans nul doute plutôt latine. La seconde version a le mérite de sceller le nom de Dijon et la moutarde.

Toutefois, cette inscription fût retranscrite rapidement sur tous les pots de moutarde. De plus en plus perfectionnée, sa fabrication est réglementée en 1390 et quiconque est pris à faire une mauvaise moutarde est aussitôt condamné à de fortes amendes.

« Il n'est moustarde que à Dijon », écrit Jehan Millot, chanoine de Lille au 14ème siècle. Au Moyen Âge, il n'est pas rare, en France, de voir les enfants armés de pots s'en aller au vin ou à la moutarde vers la rue animée des étals pendant que leur mère surveille la nichée et la marmite.

Indispensable, inséparable de la ville de Dijon, la moutarde trône majestueusement sur la table des Ducs de Bourgogne, ces bons vivants qui en apprécient le goût mais aussi ses vertus digestives et antiseptiques. Ils en envoyaient même des barils régulièrement à la cour du roi de France. Louis XIV ne se déplaçait jamais sans son pot de moutarde rapportent les archives de l'époque ; et l'on peut même dire, sans trop offusquer sa mémoire, que le Roi Soleil aimait se parer de sa couleur.

En 1336, à une fête donnée à Rouvres par Eudes de Bourgogne au roi Philippe VI de Valois, dit le Hardi (la cour de Bourgogne était alors la plus fastueuse d'Europe), il se fit une consommation fantastique de moutarde.

À la même époque Jean XXII devint pape en Avignon de 1316 à 1334. Sa cour était, elle aussi, très brillante. On sait que les papes d'Avignon s'entouraient de mille prestiges et protégeaient les arts, sans oublier cet art dont nous avons fait le neuvième, et qui s'appelle la gastronomie Jean XXII, savant pontife cultivant l'ironie à ses heures, créa pour son neveu, un individu incapable et vaniteux, dont il ne savait quoi faire, la charge de premier moutardier du pape.

Louis XI, prétend Alexandre Dumas, avait toujours son pot de moutarde avec lui quand il allait se faire offrir à souper chez quelque bourgeois.

vinaigrier

Vinaigrier

Moutardes et moutardiers...

Deux siècles plus tard, on voit naître la corporation des vinaigriers et moutardiers de la ville de Dijon sous le patronage de Saint-Vincent avec ses maîtres, ses compagnons et ses apprentis. Des jurés désignés au début de chaque année font respecter les statuts et ordonnances édictées en 1634 afin de protéger la profession contre les intrus et les malfaçons.

C'est sous le règne de Saint Louis qu'Étienne Boileau, prévôt des Marchands, accorda aux vinaigriers parisiens le droit de faire de la moutarde. Jusque-là, elle ne s'était fabriquée qu'à Dijon. C'était la seule ville qui eût conservé les procédés de Palladius, fils d'Exuperantius, préfet des Gaules, et auteur d'un De re rusticâ fameux au moyen âge, en quatorze livres.

Les sauciers reçurent des statuts en 1394. Mais, comme ils se servaient constamment de moutarde et de vinaigre, ils jugèrent plus simple de fabriquer ces produits eux-mêmes. Ils devinrent donc vinaigriers et moutardiers. Louis XII les érigea en corps de métier, et, dans les lettres patentes qu'il leur accorda, ils sont qualifiés de ces titres pompeux : " sauciers, moutardiers, vinaigriers, distillateurs en eau-de-vie et esprit-de-vin, buffetiers ".

Les distillateurs, en 1537, formèrent une communauté. Au 17ème et au 18ème siècle, les vinaigriers-moutardiers adjoignirent à leur commerce la fabrication des vinaigres de toilette à l'usage des dames.

L'imagination des vinaigrier-moutardiers a permis l'échantillonnage que l'on connaît aujourd'hui. La gamme des moutardes était beaucoup plus riche au 18ème siècle qu'aujourd'hui. Dans l'Histoire de la vie privée des Français de Le Grand d'Aussy, la liste des moutardes qu'on pouvait se procurer chez un fabricant nommé par décret royal, en 1765, vinaigrier moutardier du roi, le sieur Maille est impressionnante : moutarde en poudre, moutarde rouge, moutarde fine aux câpres et aux anchois, moutarde à l'ail, à la capucine, au citron, à la Choiseul, à la Choisy, à l'estragon, à la conserve, aux fines herbes, à la grecque, à la maréchale, à la marquise, à la reine, à la romaine, aux millefeuilles, aux mousserons, à la ravigote, aux six graines, aux truffes...

Il y eut aussi la moutarde impériale, la moutarde au champagne, l'aromatique, la balsamique, la moutarde aux champignons, aux oignons, à la persillade, la moutarde à la rocambole, la parfumée, la moutarde à la rose, à l'italienne, à la vanille, que sais-je encore ?

Dijon eut longtemps le monopole de la moutarde. La meilleure moutarde dijonnaise passait pour celle qui brasse la graine avec du verjus, c'est-à-dire avec le suc du raisin cueilli vert. On en fait aussi d'excellente avec du moût, c'est-à-dire avec du vin non fermenté obtenu en pressant la grappe.

Déjà fameuse au 13ème siècle, la moutarde de Dijon s'envoyait dans les provinces, sèche ou en pastilles.

Le consommateur la délayait avec du vinaigre. Cette moutarde sèche pouvait se conserver pendant plusieurs années.

La moutarde d'Angers, au contraire, était liquide et s'expédiait dans de petits barils. Elle était également fort renommée.



La Moutarde de Dijon...

C'est vers le 17ème siècle que Dijon s'avisa de vendre également de la moutarde liquide. On faisait aussi de bonnes moutardes avec du vinaigre, et c'est une des raisons pour laquelle la ville d'Orléans, qui produit des millions d'hectolitres de vinaigre, se mit à fabriquer de la moutarde en grande quantité. On fit aussi d'excellentes moutardes à Bordeaux, et dans beaucoup de villes de France. Pour assurer la conservation de la moutarde, on employait à Dijon une méthode singulière, déjà préconisée par Columelle. On y plongeait des charbons ardents afin d'enlever toute amertume au sénevé.

La dénomination «Moutarde de Dijon» est réservée aux moutardes en pâte fabriquées avec des produits blutés (opération qui consiste à débarrasser la moutarde de ses impuretés - les téguments - en les éliminant au tamisage) ou tamisés.

La teneur de cette moutarde en extrait sec doit être au moins de 22 %, la proportion de tégument ayant échappé au blutage ne peut excéder 2%. Le Décret de juillet 2000 (qui remplace celui de 1937) définit le processus de fabrication et la composition de la moutarde. La moutarde résulte du produit obtenu par le broyage suivi ou non du tamisage ou du blutage de graines soit de moutarde noire (BRASSICA Nigra), soit de moutarde brune (BRASSICA Juncea), soit d'un mélange de deux variétés.

Moutarde et mots d'esprit...

Enfin, la moutarde a inspiré un nombre incalculable de proverbes.

La moutarde lui monte au nez, se dit d'une personne qui s'impatiente.

S'amuser à la moutarde, c'est s'occuper de riens, de bagatelles.

De la moutarde après dîner signifie une chose qui arrive trop tard, quand on n'en a plus besoin.

Henry V, roi d'Angleterre, affirmait qu' « une guerre sans feu ne vaut pas plus qu'une andouille sans moutarde.»

Et terminons par quatre aphorismes tirés de la Mustardographie (un petit ouvrage sérieux et humoristique de Mathieu Varille, propriétaire d'olivettes à Lourmarin de Provence et Marius Audin, naturaliste et vinaigrier, publié à Lyon en 1935)

Une salade sans moutarde est une jolie femme sans esprit.

La vinaigrette tire son ardeur de la moutarde, comme le poète de sa lyre.

La moutarde est à l'estomac ce que la cravache est au cheval de course : il faut que le gastronome en use comme le cavalier, avec mesure et discernement.

La moutarde est comme les affaires : on en brasse beaucoup, mais on en fait peu de bonnes.

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08 décembre 2007

Le Diable de Çildir : Extrait N° 10

cildir

Mary Ann de Lambron interrompit sa lecture. Durant son adolescence, lire l’avait aidée à s’évader du quotidien carcéral de l’institution Sainte-Marie, bien que le seul ouvrage autorisé par les sœurs à leurs pensionnaires fut la Sainte Bible. Ignoraient-elles que l’ancien Testament regorgeait d’histoires sordides, du meurtre à la trahison, de l’inceste à l’adultère, de l’exil aux cataclysmes, de quoi enflammer l’imagination d’une jeune fille pubère. Désormais, lire permettait à Mary Ann tout autant de tromper l’ennui que de meubler le silence de la maison quand elle faisait sa lecture à haute voix au chevet de son mari. Au début, elle lui faisait la conversation, en murmurant à son oreille comme on parle à un enfant avant qu’il ne s’endorme. Puis comme elle ne savait plus quoi lui raconter, elle s’était transformée en lectrice. D’autant que les livres ne faisaient pas défaut dans sa bibliothèque.

Alexander semblait s’être assoupi. Mary Ann posa son livre sur le guéridon ; une lumière blafarde qui traversait le voilage de la fenêtre en rehaussait d’un éclat timide le bord de la tablette en acajou. Dehors, on entendait le cri des mouettes et, de temps à autre, le rire des enfants. Mary Ann se cambra dans son fauteuil. La vie ne l’avait pas épargnée ces cinq dernières années. Elle se sentait particulièrement lasse. Assise près du lit où reposait son mari, elle passait quelquefois des journées entières à le veiller affectueusement. Là, elle restait des heures, immobile, à contempler son visage de cire que la vie, petit à petit, abandonnait. Et cette attente de la mort semblait interminable.

« Cancer ! » Mary Ann s’était sentie foudroyée en entendant ce verdict de la bouche d’un professeur de l’Hôpital Saint-Thomas de Londres qu’elle avait décidé de consulter, convaincue de l’incompétence des médecins de Tabriz. Rétrospectivement, elle se demanda si elle n’avait pas agi par égoïsme plutôt que par amour. Pour se donner bonne conscience, elle s’était assurée qu’Alexander endurerait les fatigues d’un voyage jusqu’en Europe. Il n’était déjà plus l’homme fringant qu’elle avait connu à l’aube de ses vingt ans, mais un vieillard usé.

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Le Prince des Faces - Extrait N° 11

masque

" Messieurs, annonça l'Huissier d'une voix forte. Veuillez accueillir notre président de séance, le Prince des Faces ! "
Tous les regards convergèrent vers la trappe. D'abord, on ne vit que son masque jaillir du trou ; il était échiqueté d'or et de pourpre. L'homme franchit la dernière marche. Sa taille avoisinait le mètre quatre-vingt-dix. Il marchait, les épaules légèrement voûtées. Sa cape était rouge. Il avança dans la pièce et contourna le fauteuil de l'Huissier. Lorsque le Prince passa devant lui, l'Huissier inclina la tête, imité par tous les Conseillers.

Le Prince se carra dans son siège, effectua un tour complet pour dévisager un à un chaque participant. Puis reprenant sa position initiale face à l'Huissier, il monta la main, les doigts légèrement écartés et le pouce dressé, à la hauteur de son visage. L'Huissier referma le cercle.

" La treizième session du Cadran est ouverte ! déclara ce dernier. Veuillez vous asseoir. "
Les Conseillers prirent place. Et la structure toute entière sembla s'élever très lentement. La montée dura une dizaine de minutes. Dans cet intervalle, aucune parole ne fut échangée. Le Messager en profita pour étudier les postures et les gestes. Mais chacun conservait une profonde impassibilité.
" Sont-ce des hommes ? " s'interrogea-t-il en songeant à son épouse, au dîner et aux Marchand.

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02 décembre 2007

Le Prince des Faces - Extrait N° 10

masque

Laure passa la main sur son ventre fécond. Lors de sa dernière échographie, le médecin avait constaté que fœtus se développait normalement. Elle était enceinte depuis huit semaines. A moins que l'enfant ne naisse avant terme, elle accoucherait aux premières chaleurs de l'été. "Ce sera un gémeaux !" avait-elle fièrement annoncé à Douglas. Gémeaux ou Cancer, il s'en moquait pourvu que le bébé soit en bonne santé. Les fausses couches de son épouse le travaillaient encore. D'un commun accord, Laure et Douglas avaient convenu de ne pas se marier, du moins pas avant la naissance de leur enfant. La situation matrimoniale de Kendall n'était pas étrangère à cette décision. Légalement, il était toujours marié à Nathalie. Après deux tentatives de suicide, son état inspirait les plus grandes craintes aux médecins. Elle avait sombré dans la schizophrénie. Dans l'absolu, Kendall avait la possibilité de demander le divorce. Il le pouvait, mais ne le voulait toujours pas. Sa position était relativement simple lorsqu'il n'entretenait que des liaisons sans lendemain.

Avec la grossesse de Laure, tout se compliquait. Dans une certaine mesure Laure pouvait se contenter d'une relation de concubinage avec Douglas, en attendant que la séparation devienne officielle. Mais, quand elle engageait la discussion sur ce propos, immanquablement Douglas refusait toute discussion, en se murant dans le silence. Certains soirs, elle regrettait de l'avoir choisi comme père pour son enfant. Elle aurait aimé emménager dans le confort de son six pièces de la rue Mansart ; il avait refusé, opposant que tant qu'il serait marié aucune autre femme quelle qu'elle soit ne partagerait son toit. Quand elle lui avait demandé ses raisons, il avait répondu que ce serait commettre un adultère. Adultère, ce mot l'avait fait rire. Qu'on le veuille ou non, le mal était déjà fait. Qu'importaient les ragots quand deux êtres s'aimaient. Laure entra dans la station. Lorsqu'elle atteignit le tourniquet, une main lui saisit le coude. Elle se retourna.

Posté par arkantz à 17:20 - Littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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